‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 3)Chapitre 37 sur 184 · NATURISME DES PELAGES · texte numérisé non relu

NATURISME DES PELAGES

gieux. Le ciel profond, lumineux, la terre féconde, la mer tantôt bienfaisante tantôt terrible, les sources rafraîchissantes, les arbres couverts de feuillage, la lutte victorieuse du soleil contre les ténèbres, tels sont les objets de ce culte primitif, tels sont les aspects variés de cette ondoyante divinité qui est encore trop confondue avec la vie de la nature pour que les types divers qui la personnifient se distinguent nettement les uns des autres. L'idée fondamentale de la Divinité chez les Pelages comme chez les Aryens de Flndus est celle de lumière, de splendeur, comme l'indique le radical du mot dieu dans les deux langues * . Le dieu suprême dans l'ancienne religion pélagique, est le Zeus ou le Jupiter de Dodone, identique au Jupiter lycéen d'Areadie, le dieu brillant, lumineux. Il rappelle en tout point rindra du Rig-Véda; comme lui, il lance le tonnerre et les éclairs, comme lui il séjourne dans l'air pur sur les monts, comme lui il rassemble la pluie et produit l'eau des sources dans les vallées de Dodone. Indra était le héros divin qui combattait contre les ténèbres et les nuages ; Jupiter lutte de môme contre les puissances malfaisantes du noir Tartare, ou les Titans, qui sont les esprits des ténèbres. Ce côté militant de la Divinité, si accusé dans le Rig-Védaj reparaît avec une énergie singulière en Pallas, la vierge terrible, aux yeux d'azur. Elle combat au milieu de la tempête; c'est elle qui a foudroyé Gorgo, le serpent effroyable, l'image de l'obscurité d'un ciel d'orage. Fille de Jupiter, elle

* Deva en sanscrit, Devo dans VÂvesta, Theos, en grec.

m COMMENCEIIENTS DE L'HELLENISME.

r imagination de ses poètes. Deux de ces légendes marquent éyidemment deux phases importantes de cette période antéhistorique. La lutte des Lapithee contre les Centaures, êtres mixtes, destinés sans dovte à représenter les sauvages habitants de la montagne, rappde la guerre quotidienne qui a dû éclater entre les pacifiques habitants des plaines de la Thessalie et les tribus nomades campées sur les monts yoisins. De la nécessité de se défendre a résulté pour les premiers la nécessité de bâtir des yiUes. Les Lapithes, dont le nom sigB^ constructeurs de murs, ont été amenés à jeter les bases d'une civilisation mieux assise. Ainsi, vers Fan 13M ayant Jésus-Christ, s'élevèrent Orchomène, Thèbes^i Ilissus, Argos, Mycène et Fancienne Corinthe.

La seconde de ces légendes héroïques qui jette w certain jour sur cet obscur passé est celle qui conceme Thésée, le héros athénien. On lui attribue d'abord d'à* voir réuni sous un seul pouvoir toutes les petites pi^ cipautés de TAttique. Quel que soit le rôle qu'il â^ joué dans cet événement, le feit n'en a pas moins ufl< grande importance en lui-même, puisqu'il préparai l'avènement de la cité qui devait jeter un vif éclat sfl la Grèce et le mieux représenter son génie. Mais Thés^ ne se serait pas contenté de remporter des triompha signalés dans l'Attique, il aurait encore vaincu le Ifl notaure, monstre sauvage de la Crète, auquel les Ath uiens devaient tons les ans envoyer en sacrifice la flei de leur jeunesse. Le fait historique qui se dégage éif demment de ce mythe est le triomphe de l'esprit gn sur la civilisation phénicienne. Celle-ci, en effet, esseï

COMMENCEMENTS DE LUELLÉNISME. 9t

tiellemcHt voyageuse et conquérante, avait jeté de fortes raeines dans les îles qui aYoisinaient T Attique, à Cy thère eomme en Cpèke. La divinité lénHnine de TAsie occidentale, Aphrodite ou Astarté, y était adorée; les Amazones, vierges guerrières, étaient des prêtresses consacrées au service de la déesse asiatique, à la fois impure et cmdle, qui portait aussi le nom de Ma. Les Phéniciens avaient réussi à importer ce culte à Athènes comme anssi ea Thessalie, à Ihèbes et à Orchomène ; non loin de cette ville, &ur le mont Laphystion, Moloch était adoré sous le nom de Jupiter Laphystios, et réclamait des ^ctimes humaines. Le Mnotaure, auqo^ Athènes payait tous les ans un sanglant tribut, figurait égalelaeut cette abominable divinité. Thésée, le vainqueur du Minotaure et des Amazones, est le type idéal de l'esprit grec triomphant de Tesprit asiatique et conquérant l'indépendance sans laquelle il n'y avait pas de développement pour lui * . Le cycle ai riche des mythes concernant la gueire de Troie nous montre l'esprit grec poursuivant dans son propre empire l'esprit asiatique et remportant sur M une éclatante victoire.

Développement de l'humanisme hellénique.

les deux grands événements de l'âge héroïque sont 1^ construction des villes ou la fondation des divers Etats de la Grèce primitive, et la réaction victorieuse ^s Hellènes contre le panthéisme asiatique. Quelle que

^ Dunker, t. UI, p. 208.

92 GOMMEXGEOlfENTS DE L'HELLÉNISME.

soit Tobscurité qui recouvre cette période, il est certain que ce fut un temps de guerres incessantes entre tous ces petits royaumes; la nationalité grecque fat trempée dans la lutte, et de puissantes indîTidualités, dont les mythes nationaux ont gardé le souTenir, révélèrent dès lors la grandeur de la personne humaine. L'héroïsme préparait cette hardie apothéose de l'humanité, qui devait si longtemps se célébrer sur la cime radieuse de l'Olympe. Aussi, quand vers l'an 1 104 avant J.-C, le mouvement de population amené par l'invasion dorienne eut ravivé l'esprit guerrier et réparti en même temps les deux grandes races helléniques dans les pays les plus favorables à leur génie, tout fut préparé pour l'avènement définitif de la religion nationale de la Grèce : .l'ancien culte de la nature allait s'effacer devant le culte des héros divinisés. La race ionienne, grâce à son développement plus précoce favorisé par ses colonies d*Asie Mineure, allait produire l'inimitable poëte qui, donnant une voix aux aspirations de la conscience hellénique, devait presque du même coup créer la poésie et la religion de son pays, ou plutôt fonder la religion de la poésie et de l'art, la seule que la Grèce ait jamais sérieusement pratiquée.

Avant Homère on ne trouve aucune trace d'oeuvres vraiment littéraires. « Bien des siècles durent se succéder, dit Otfried MuUer, avant que la parole prît une aile et que le premier hymne retentît. « La poésie fut d'abord retenue dans son essor par la religion de la nature, oppressive du sentiment vraiment humain. Chose étrange! c'est surtout le deuil de la terre en hiver que

Page 1