PREMIÈRE POÉSIE GRECQUE
l'on éprouve d'abord le besoin de chanter, et le premier hymne qui ait retenti en Grèce est une plainte mélancolique. On l'appelait le Lintis, parce qu'il roulait sur la fin tragique d'un demi-dieu de ce nom, mourant dans la fleur de la jeunesse. Il figurait, comme Adonis et Attys, la fin de la belle saison, au moment où l'hiver Tacommencer \ Le premier accent de la muse grecque, de cette muse plus tard si sereine,* était un « hélas ! » «Hélas! Linus. » ainsi commençait ce chant lugubre. Le Pœan était un chant à l'honneur d'Apollon. Des chants de funérailles ou d'hyménée, des chœurs^ ou chants accompagnant la danse, des oracles mis en vers, tel est le genre de poésie dont se contente cette haute antiquité. C'est une poésie essentiellement sacerdotale, qui, au lieu d'être un jeu de l'imagination, est un rite prescrit et monotone. Son berceau est la Thessalie, où coulaient les fontaines sacrées des muses. Cette sujétion sacerdotale, éternelle en Orient, ne devait pas durer longtemps en Grèce. Le génie libre et fécond de la race iellénique s'était réveillé pendant l'âge héroïque; de grandes figures se détachaient sur un fond merveilleux ; le souvenir des exploits des héros évoquait devant l'esprit ravi de leurs descendants un idéal vraiment huînain. On n'éprouvait plus cet accablement stérile çi'inspire le sentiment des forces irrésistibles de la iiature : on avait entrevu une force supérieure, la puissance de r intelligence et de la liberté si souvent déployée dans les luttes qui présidèrent à la formation
*//»arfc,XVm,569.
' X6poç désigne remplacement pour danser.