‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 3)Chapitre 43 sur 184 · LA VIE FUTURE D'APRÈS HOMÈRE · texte numérisé non relu

LA VIE FUTURE D'APRÈS HOMÈRE

gards et les domiDant par la pensée. La valear esthè* tiqae des poèmes d'Homère est plus qa-uo fait littéraire,, c'est ua fait reli^eux, car elle constate u» premier triomphe sud la religion de la nature.

Pourtant un càtét senri)re apparaît comme Farrière* plan de cette création poétique si parfaite; la terre seule est belle, la yie présente seule est comblée ées dons des dieux. VUadès, ou le séjour des morts, inspire rhorreur et Tefiroi. Ajchille, le héros idéal, déclare qu'il umerait mieux labourer la terre que de régner dans ce pMe Elysée et d- y promena Tincui^ble regret de tout ce qu'il avait possédé autrefois^ la gloire, Famour et la puissance. Le Tartai^, au-dessous de l'Elysée, est une prison fermée par des portes de fer. Les Titans, parmi lesquels Saturne est rangé, y sont enfermés, et les coupables voient retomber sur eux l'inexorable porte d'airain. Cette vue mélancolique de la* vie future est la grande imperfection de la religion homérique; c'est, à vrai dire,, celle de la Grèce elle-même. Nous verrons que le désir d' éclairer d'un rayon d'espérance ce triste royaume des ombres a donné naissance aux mystères et a fait leur smcès. Le culte, tel qu'Homère le dépeint, a encore la simplicité primitive ; le sacerdoce est exercé par les rois et par les pères de famille, et s'il y a des prêtres et des devins, ils ne forment point une caste à psrt. Les libations, les prières et les sacrifices destinés à. apaiser la colère des dieux, en les conviant à des festins somptueux et en leur offrant ce que l'homme a de meilleur, constituaient les rites de ce culte. Il était célébré autour d'autels placés sur une colline boisée, et

400 H£SiODE.

quelques temples informes commençaient à s'élever.

L* hellénisme subit une première épuration chez Hésiode. Tandis qu'Homère représente le génie ionien souple et brillant, Hésiode appartient au type dorien, plus sévère et moins flexible. « Nous ne retrouYons pas chez lui, dit Otfried Muller, cette jeune imagination d'Homère qui peignait Tàge héroïque avec tant de grâce et d'éclat. On voit qu'il a jeté un regard mélancolique sur la yie humaine. H ne se meut pas, comme le premier, dans un monde imaginaire, mais dans le cercle même de la vie laborieuse, comme le prouve son poème des Travaux et des Jours * . »

On sent aussi chez Hésiode l'influence de la poésie philosophique qui venait de naître à Milet. Ses mythes sont essentiellement métaphysiques, ses poèmes portent également la trace de la crise mythologique que la conscience grecque avait traversée pour s'élever de la religion de la nature à la religion de l'humanité. Les Titans représentent l'ancienne religion, tandis que le Jupiter d'Hésiode, le dieu jeune et vainqueur, marque l'évolution féconde de l'hellénisme et l'avènement de l'humanisme. Et pourtant Hésiode exprime le regret du passé avec éloquence. « Puissé-je, dit-il, n'être pas né dans le dur siècle de fer! » Les dieux anciens paraissent supérieurs aux dieux nouveaux, bien que ceux-ci marquent le progrès de l'idée morale. C'est que l'idée morale fortement réveillée s'accommode difficilement du mélange impur qui souille les divinités homériques. La conscience, oubliant que le joug qu'elle avait antérieu-

' Otfried Muller. Geschichie der griechisch. Litter., c. lll.

Page 1