ATHENES CENTRE DE L'HELLENISME
Ioniens de TEurope et par conséquent doués de plus de vigueur que ceux de TÂ^e Mineure.
Atiiènes était placée dans les conditions les plus favorables pour polir et cultiver Tesprit grec. On sait quel vif enthousiasme la beauté du site inspirait à ses habitants; qu'on relise seulement le fameux chœur d'Œdipe à Colonne. Ses vallons enchantés « s'embellissaient, sous les rosées du ciel, de la végétation la plus ricbe, couronne des grandes déesses*... » « L'oliviei* y poussait son feuillage toujours vert ; des « sources murmurantes versaient sur la plaine fertile <« une eau intarissable, et Aphrodite à la ceinture dorée « semblait à dbaque instant sortir de cette mer étince- « lante qui baignait la cité et que fatiguait sans cesse la « rame de ses navires volant à la suite des Néréides. < Les chœurs des Muses ne Tabandonnaient jamais. » €e dernier trait du grand poëte rappelle la meaieure gloire d'Athènes. L'éloquence, la poésie, l'art, l'histoire, la philosophie, y atteignirent sous Périclès ce degré de perfection qu'on ne verra plus, parce que nulle part l'humanité ne se retrouvera dotée d'une si bette jeuBesse et de dons si merveilleux. Cependant !?î Athènes fut le centre de la culture hellénique, elle ne l'absorba jamais ; chaque race fournit son contingent, ^t le génie dbrien s'unit au génie ionien pour accroître
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CEdipe à Colonne, 715-716.
404 DË^'ELOPPEMENT LITTÉRAIRE DE LA GRÈCE.
la gloire de la patrie commune. Un rapide aperça de rhistoire de la littérature et de Tart pendant cette période nous fera suivre le développement progressif de la Grèce et nous préparera à comprendre le développement de sa conscience religieuse.
L'épopée fut longtemps le seul genre poétique cultivé en Grèce. Consacrée à la gloire des héros, reproduisant sans cesse le même cycle de légendes, transmise de rapsode en rapsode comme une tradition, elle convenait à une époque où la personnalité liumaine n'était pas encore développée, car Tépopée après Homère, en passant du plus grand des poëtes aux imitateurs, était un genre de poésie essentiellement impersonnel. Quand r individualité, favorisée par le régime démocratique, eut conquis ses droits, un nouveau genre fut créé, dans lequel les sentiments et les impressions du poète eurent une plus grande part : ce fut le genre lyrique, ïyrtée et Simonide laissèrent parler leur cœur dans les élégies qu'ils composèrent, et Archiloque fit de ses ïambes terribles une arme de vengeance. Le caractère individuel est encore plus prononcé dans la poésie lesbienne, telle que nous la trouvons chez Sapho et chez Anacréon, flamme dévorante du cœur chez la première, clarté brillante et légère, voluptueux badinage chez le second. Mais ce fut la race dorienne qui donna à la Grèce celui qu'on peut appeler l'Homère lyrique; Piudare, le poëte béotien, fut le chantre de la Grèce entière, bien plus que ses devanciers, Alcman, Stésichore, Ibichus. « Il appartient, dit Otfried MuUer, à cet âge du peuple grec que Ton peut appeler la pleine vigueur de
L'ÉLÉGIE ET L'ODE. PINDARE. i 05
jeunesse et le commencement de la maturité, danslelelTénergie pratique, la soif d*une activité puissante, combinaient comme à aucune autre époque ayec la Itore morale et esthétique * . » Pindare est tout plein la grande idée hellénique, de l'idée du héros, du "ec idéal; il y reyient sans cesse dans ses chants; »t, à ses yeux,, une divinité que le peuple doit ador*. Il ne se lasse pas de remonter à Tàge héroïque, et meilleur hommage à rendre aux vainqueurs des jeux impiques est, selon lui, de les en rapprocher, soit en ppelant leur filiation, soit en célébrant leurs exploits» est parce qu'ils ressemblent aux héros que leur barque ^euré la dernière borne du bonheur*. Pindare a isi contribué efficacement à préciser avec netteté la oyance fondamentale de la religion grecque. D n'a s moins contribué à l'épurer en relevant l'idée de la unité, n fait de Jupiter un dieu juste et sage, « le stnd bienheureux que chantent les âmes des justes *. » porte aussi sur la vie humaine un jugement plein de ofondeur ; il reconnaît la misère et la brièveté « de ce œ d'une ombre, » en attribue les maux à l'orgueil et félicité fugitive à la bienveillance des dieux. « Un în, dit-il, est dans tous nos bonheurs *. » L'apparition de la grande poésie dramatique coïncide îcle triomphe complet de l'hellénisme sur la religion
Otfried Millier^ t. I, p. !39. Voir aussi un très beau morceau de V^âlemain sur Pindare. {Correspondant, août 1857.)
Odes Pyth., X.
Vi>X«t eu<je6é(ov (i.axipa [if^à'f à£{îcvTO. Pindare. Ed. Boisson.
Odes Pyth., VUI.