SOPHOCLE
sa Toix aTec plus de force et d'autorité qu'Ëschjle. « Le crime, dit-il, ne meurt jamais sans postérité* . » « Le sang versé gèle sur la terre, appelant un vengeur *. » Le vieux poète s'est fait Técho de ce qu'il appelait « l'hymne sans lyre des Furies ; » celles-ci figuraient pour lui la justice sévère qui frappe à son heure le coupable, et l'avertit d'avance par l'épouvante qui le poursuit. Eschyle a évidemment subi l'influence des mystères, qui étaient une tentative de calmer les inquiétudes de la conscience sur la vie future, par le développement du culte des divinités telluriques. Aussi n'est-il pas étonnant qu'on l'ait accusé d'en avoir trahi le secret.
Avec Sophocle, la tragédie fait un grand pas. Il a créé la tragédie humaine, le drame psychologique. Celui qui, dès sa tendre jeunesse, fut désigné comme le plus beau des Grecs, et qui, à l'âge de quatre-vingtquinze ans, arrachait son acquittement à ses juges par la lecture des chœurs à! Œdipe à Colonne ^ représente le génie grec dans ce qu'il a de meilleur; il le représente en l'idéalisant. Sa langue, transparente et limpide, correspond à la beauté , à la sérénité de son inspiration. Tandis qu'Eschyle s'attache au côté sombre et épouvanté de la conscience, personnifié dans les Ery unies, Sophocle s'attache à son côté lumineux et divin. Qtiel type ravissant de grâce et de pureté n'a-t-il pas créé dans cette Antigone, née, comme elle le dit, non pool haïr, mais pour aimer; qui, après avoir accompagna dans l'exil et la pauvreté son vieux père, refuse d-
* MyjS' (XTuaiSa OvTfjorxstv. Agam., 711.
* Choéphores, 58, 61.