‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 3)Chapitre 49 sur 184 · SOPHOCLE. EURIPIDE · texte numérisé non relu

SOPHOCLE. EURIPIDE

rendre le mal pour le md à son persécateur parricide, et préfère mourir plutôt que de manquer aux inspirations de son cœur. Antigone a le courage d'une sainte et la poétique faiblesse d'une jeune fille de la Grèce, qui tout en s'immolant pleure son beau soleil et le voile d'épousée qui devait ceindre son front ; mais ce qui l'emporte chez elle, c'est le dévouement et la piété. Un souffle divin anime cette création sublime, où la tendresse de la femme s'unit à l'héroïsme du devoir; on dirait une échappée s' ouvrant dans le ciel de la Grèce sur ces profondeurs révélées plus tard à l'humanité par le Dieu dont le sacrifice lui a enseigné la charité. Personne n'a parlé avec une plus haute éloquence que Sophocle de l'obligation morale, de cette loi immortelle, inflexible, « dans laquelle est un Dieu qui ne vieillit pas. » Le souffle religieux qui l'anime éclate avec une incomparable beauté dans les dernières paroles d'OEdipe, alors que le vieux roi proscrit voit poindre dans les ténèbres de la mort une clarté mystérieuse qui illuniine ses yeux éteints, et lui apporte la promesse d'une

wnmortalité bienheureuse * .

On comprend combien l'influence d'un Eschyle et d*un Sophocle dut être grande au point de vue religieux 4ins cette Athènes de Périclès. Si Euripide obéit à une inspiration bien inférieure, si l'on reconnaît en lui le poète des sophistes , qui se joue des dieux et surtout de 1^ divinité prise en soi, le développement pathétique ^u'il donne aux passions individuelles prouve cepen-

J Œdt^ à Colonne, 1610-16Î5.

HO âRISTOPHAXE.

d«Bt combiea rhomanisme s'est as^wlé bt conseillée grecque. Les raiUmes mordantes d'Aristoidiuie oBt contribué à ocHitre-balaneer son mUnence, tmt en nunifestant à leur manière le triomphe de bt reBgîo» humaine sur la religion de la nature. Le cmniqnev en effet, rés^uhe du contraste qui existe entre rhomme td qii*it est en réalité, et rhcmmie tel qu'il devrait on pourrait être, n suppose la liberté; ôtez la libarté, il n'y arien de choquant ou de ridicule dans rayarice et la lâdieté. Personne ne se moque du lièyre, tandis que tout le monde rit du poltron.

L'ancienne comédie a été portée à sa perfection par Aristophane. Ses conceptions dramatiques sont aussi merveilleuses de hardiesse et d'ininmtion qn'entadiées d'un révoltant cynisme. Il unit un fantastique plein d'originalité à la peinture expressive de la réalité. Tantôt il se traîne dans Tobscénité, tantôt il s'élève an lyrisme le plus gracieux et le plus brillant, iBomme dans les chœurs des Nuées, Aristophane balance la gloire de Sophocle et d'Eschyle. Ni Gratinus, le meilleur représentant de la comédie moyenne; ni Ménandre, le père de la comédie nouvelle, ou de la comédie de mœurs et de caractères, tableau gracieux tracé par un pinceau délicat de la société corrompue où dominaient les: courtisanes, n'ont égalé Aristophane en invention et en puissauce ^

Un fait d'une haute importance, et qui dénote mieux qu'aucun autre les progrès de la civilisation grecque,

1 Voir Ménundre, par Guillaume Guizot.

AVENEMENT DE LA PROSE LITTERAIRE. 4t4

est rayéuement de la prose vraiment littéraire. La poésie, procédant ava&t tout de Fiaspûratioii^ est plus împersonaelle que la prose, qui est le langage ferme et Boaneé de Fhistorien, de Torateur et du pUlosopke. C'est kr langae de Faction. Aussi une belle prose suppose un état social avancé, où la personnalité humaine a tu tous ses droits reconnus. Hérodote avait encore porté le soufftet de r épopée dan& la prose. Avec Péffielès et Thucydide, elle devint précise,, énergique, mais conservant t0BJour&, grâce à Tharmonie de la phrase et à Tenehai^ nement logique des idées, sa valeur esthétique. Elle rivalise, par sa perfection chez Platon, a^vec la grande poésie, tandis qu'Isocrate et les sophistes Ténervent ^ la réduisent à n'être plus qu'une musique de mots destiaée à cluurmer Toreille» Elle devait plus tard se relever très haut avec Démosthènes, et faire retentir daD& la tribune d'Athènes la grande voix d'un peuple libre repoc^sant le joug de l'étranger.

Un développement analogue s'était accompli dans l'art qui, en Grèce plus qu'en aucun aulre paiy s , exprime et résume les diverses phases de la civilisation et les crises de la. pensée religieuse \

Informe et grossier pendant la pénode pélagique, il se hoTBe à d'élever des: temples de bois, qui n'ont ni symétrie, ni élégaftee. L'artiste n'essayait pa>s alors de représenter les dieux, qui étaient moins ctes person^ BaUtés distinctes que de vagues personnifications des forces de la nature. On se contentait de quelques signes

t \0Ti VArchaologie, d'Otfried Muller.

i 1 1 DÉVELOPPEMENT ARTISTIQUE I^ LA GBÈŒ.

symboliques destinés à les rappeler comme des pierres taillées à grands conps on des colonnes fltoB on humus ornées. Tels étaient les Hermès antiques anxqads Heûr tôt Tinrent s^ajonter d'impurs symboles. L^essor de Taït fut longtemps enchaîné, même après que Tidéal hkcSr (jue eût commencé à briller dans les poésies d^^Homère et de ses successeurs immédiats. On tenta bien de représenter la divinité par des images de bois grossièrement taillées , mais on ne réussit pas à donne» le moavement, et la vie à ces premières statues. Les pieds n'étaient pas séparés, les yeux étaient marqués par on trait et les mains demeuraient collées contre le corps. Les artistes de cette époque reculée étaient désignés par le nom de Dédales. La peinture des vases sacrés portait le même caractère d'immobilité. Dans la période suivante (580 à 460 avant J. -G.), le développanent artistique correspond au développement de Thelléiiisme. L'architecture déjà sortie de sa barbarie première arrive à une grande perfection dans la construction dësr temples. Elle exprime par deux genres très caractérisés le double génie de la Grèce. Tandis que la colonne d(h rieune s' élevant immédiatement du sol était dépourvue de toute ornementation compliquée dans ses chapiteaux, et exprimait ainsi fidèlement l'esprit màle et énergique de la race dorienne, la colonne ionienne reposant sur une base, terminant son chapiteau en volutes et multipliant les moulures élégantes, reproduit ce qu'il y a de grftee et de vivacité dans la race ionienne.

Le temple grec, qui n'avait d'abord admis de colonnes que dans sa façade, les multiplie à l'intérieur et les dis-

L'OBD» lOmEïr ET IK)RIEN. 113

pMé autour de la aella où réside la diyinité. S ptésente déjà' le caractère de symétrie et d*amté c(^ en hit un- tout harmonique) et non pas un édifice ^îédé- Bnt comme en Egypte , ou une monstrueuse pagode eornme dans rinde. On reconnaît que les diverses parties de Tédiflce sont chacune à leur vraie {dace et se relient lés unes aux autres pour produire une impression d*en* Bonble. La beauté de Tarchitecture grecque ne réside ai dans les formes gigUntesques, ni dans la prodigalité dès matériaux précieux , mais dans la proportion et la mesure y datis la grAce des lignes et des contours. G*est une beauté intettectueUe et non une beauté matériéHe. n serait aussi impossible au panthéisme oriental de produire ce genre de beauté que d*écrire une Iliade. La ^cnlptùfe n^atteint pas la perfection en même temips qœ Tarchitecture ; la sculpture religieuse est la plus retardataire, parce qu*elle est plus liée à la tradition. ^ Elle se contente encore de tailler le bois; elle le surcharge d-or et dlvoire, et la valeur esthétique est sacrifiée à ràmementation. Les dieux sont représentés assis; une expression solennelle et même austère est répandue sur leurs traits.

La sculpture laïque a une allure plus libre.. Lé modèle humain qu'elle commence à copier lui est ^aWni dans sa plus grande beaulé par la race hellénique, et les jeux de gymnase en favorisent Fétude. On commence à orner les frises des temples de statues consacrées aux grands souvenirs de F Age héroïque. Les marbres d*Egine que Ton admire à Munich appartiennent à cette période ; ils

nous font connaître exactement ce que Fou entendidt I 8

lU L'ART AVAKT PÉRIGLËS.

par le style ancien. On reconnaît ce style à la régala^ rite des plis da costume , à la frisure symétriqae des chéyeuXy à la tension des doigts, à un caractère de roideur partout répandu sur le corps. Cependant la statue n'est plus enchaînée et immobile comme à la précédente période. Elle a reçu le mouvement de la vie, mais c'est un mouvement qui a une régularité mécanique ; les traits sont fortement accusés, mais FAme n'y brille pas encore, et le rayon de la beauté n'a pas jailli du îaypjc intérieur. L'époque suivante (de Périçlès à Âle:^andre, 560 à 330 av. J.-G.) est celle du grand art de la Grèee. Tandis qu'Eschyle et Sophocle donnent dans leur poésie^ une expression sublime à l'idéal tel que l'entrevoyait la race hellénique, Phidias le grave sur le marbre, l'or ou ïivoire , et trouve encore moyen de l'épurer en le réalisant. La statue ne semble pas simplement se mouvoij: comme à T époque précédente, elle devient vivante sous le ciseau du grand artiste ; car elle a la souplesse, l'allure aisée, la liberté de la vie et je ne sais quelle grâce sereine qui n'a plus reparu. Incessu patuit dea. L^ marbres respirent , comme dit le poète. On n'a qu'à comparer la statue grecque à la statue égyptienne pour comprendre la différence des deux civilisations. L'humanisme a affranchi la personne humaine ; elle marche, elle se meut librement; les mains ne sont plus collées; les pieds ne sont plus enchaînés. La vie anime ce corps autrefois inerte ; Thomme foule en vainqueur cette terre dont il. n'est plus l'esclave , et La légèreté de son pas aérien révèle son affiranchissement. Son bras lance le d]ard ; sa main manie le glaive avec une grâce héroïque.

L'ART AU TEIffS DE PÉRICLËS. fie

On TOit qa^il a secoué le joug de la oatore. Le dieu jeune et triomphant quit dans un marbre célèbre , nous est représenté tout fl#r encore d'ayoir frappé d'un coup mortel le serpent Python, est Timage radieuse de cette victoire de l'humanité sur ses anciennes divinités. Ce qu'il y a d'admirable dims les grandes œuvres de la sculpture appartenant i cette période, c'est cette union de la beauté et de la majesté, c'est cette sérénité douce et grave répandue sur ces traits si nobles, et d'un opntour si exquis. « L'Ame, dit Winckelmann, ne se manifeste que conmie au travers de la sur&ce tranquille de l'eau; elle n'éclate jamais avec impétuosité. Dans la représentation de la douleur la plus grande, la douleur 'demeure concentrée, et la plus douce joie circule comme un zéphir qui efDeure à peine les feuilles. » Ja* mais ni^n n'exprima mieux son génie par ses œuvres que la Grèce. On croit la voir elle-même dans la représentation de ses déesses favorites, relevant aussi bien la dignité que la beauté dans la personne humaine; sereine et majestueuse à la fois, possédant la grâce et k grandeur, prête pour le combat comme pour les fêtes; à vrai dire faisant de la vie entière une fête à l'honneur de ses dieux et mettant sa gloire à con-< server ce calme auguste, cette ataraxie^ image, mais image trompeuse de la paix véritable. Il n'y a pas dans l'art ^rec un contraste choquant entre la réalité et l'idéal, parce que l'idéal n'est pas cherché au delà de la terre. L'artiste a trouvé la réalité la plus belle pour exprimer cet idéal restreint. Aussi n'y a-t-il rien de tourmenté dans sa manière ; il répand sur ses œuvres la

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