IL CONSACRE L'HUMANISME. U
\ld « pour laquelle, quand même elle est irritée, il faut roir plus de respect que pour un père * . » « Suivons, OQte-t-il, la route que Dieu nous trace. » Ces derniers iots nous réyëlent, chez Socrate, le profond sentiment dig^eux qui ranimait, cette foi dans la Divinité qui lui lisait dire qu'un dieu Fayait donné aux Athéniens, et [a*an dieu ou une déesse le gardait en toute chose ^. La superstition se mêlait ici à la vérité, mais sans TétoufTer ; m comment ne pas reconnaître quelque chose de divin bas une telle vie couronnée d'une telle mort?
Quant à son enseignement proprement dit, il est très lificile de le dégager des commentaires de ses disciides. Cependant, en comparant Xénophon à Platon et en iisaàt de leur témoignage avec critique , on arrive à en mit les traits généraux. Quand Gicéron déclare, dans une phrase souvent citée , que Socrate a fait descendre la philosophie du ciel en terre , il caractérise parfaitelient son œuvre. £n effet, il fut le premier qui ramena la philosophie de la voie des spéculations hypothétiques )ur le monde et ses origines à celle de F observation psychologique. Il ne la fit pas seulement descendre du ciel mythique des pythagoriciens ou de cette morne solitade des Eléens, où Fêtre immobile et unique était comme perdu; il la fit pénétrer dans Fhomme, il lui Wna son esprit et sa conscience à étudier; il fit de la <^tare humaine le champ principal de ses explorations, 't il substitua à la philosophie du naturisme la philosophie de rhumanisme, accomplissant ainsi, dans le do-
* Criion, 17.
us PROFOND SENTIMENT RELIGIEUX.
maine de la spéculation, l'évolution déjà réalisée daas celui de la mythologie. Socrate est le premier philosophe qui ait formulé avec netteté les données fondamentales de rhellénismc, mais en les dégageant des éléments impurs qui les altéraient dans la religion populaire. D fut en philosophie ce que Pindare et Sophocle furent dans la poésie et Phidias dans Fart; il épura, comme eux, ridéal de la Grèce, et l'humanisme, en passant par lui, fut empreint d'une haute spiritualité. Il l'éleya bien haut au-dessus des vaines fables de la mythologie. Déjà l'école d'EIée avait repoussé l'anthropomorphisme grossier de la religion homérique. « Dieu, avait ditEmpédocle, n'a point de tète humaine ni de membres comme les nôtres ; deux bras ne descendent point de ses épaules, il n*a point de pieds pour courir * . » Mais cette école était tombée dans l'autre extrême en frappant d'nne éternelle immobilité l'être absolu, en le réduisant à n'être qu'une froide intelligence sans relations avecl'humanité. Socrate se tint à une égale distance de l'une et l'autre erreur. Son Dieu n'est plus le Jupiter de la Fable, qui est sujet à toutes nos passions ; mais il n'en demeure pas moins rapproché de l'homme; il est son protecteur et son modèle à la fois. L'humanisme socratique n'est pas l'apothéose orgueilleuse de l'humanité; s'il la proclame divine, c'est au nom de l'élément supérieur qui est en elle^. Voilà pourquoi la grande science pour l'homme
1 OuTS Y^p ivSpoiAéY) Y.z<fOLkfi )wcTà vyia xéxaoTai.
(Ritter et Preller, 114.)
6p(dic(v(i)v Tou 6etouL lASTé^et. Xéiioph., Mém., IV. 3, 14.