‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 3)Chapitre 60 sur 184 · LIDÉE MORALE UNIE A L'IDÉE RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIDÉE MORALE UNIE A L'IDÉE RELIGIEUSE

»t de se connaître, de se replier dans son intérieur. En ^e connaissant mieux , il apprend Tinutilité de la yaine 3t fausse science du dehors, dont il s'est trop longtemps contenté; il constate son ignorance sur ce qu'il y a de plus essentiel . Aussi le principe de toute bonne philosophie est formulé dans Finscription du temple de Delphes : « Connais-toi toi-même ^ » En se connaissant, l'homme connaît aussi le bien iréritable, car il est révélé par ces lois étemelles et non écrites dont Socrate, comme Sophocle, parle avec une si sainte éloquence^. Le bien est inséparable de la vérité ; la vérité et le bien sont une seule et même chose. La science et la vertu sont étroitement unies, parce que Fobjet premier de la seience est le bien et que le bien ne s*apprend pas avec nn cœur souillé*. Socrate ne distingue pas entre l'idée du bien et l'idée de la divinité ; il n'admet pas de séparation entre la morale et la religion ; le type auguste du bien doit être cherché dans les dieux qui non-seulement nous le révèlent et nous le conseillent mais encore nous aident à l'accomplir ^ On comprend que, dans cette Yoie, Socrate ait été conduit à la notion de l'immortalité de l'âme; et s'il n'a osé l'affirmer, cela tient aux hésitations de la dialectique et non aux tergiversations de sa conscience. C'est parce qu'il croyait à l'existence du d^ ^ dans l'homme qu'il se servait de cette fameuse métliode inductive qui consistait à fùire sortir de l'âme, par

* Xénoph., Mém., IV, 2, «4. — « Id., IV, 4, 19.

' lo^Cav iï yjA 9(0^ poauvrjy oS Sui[>pi(ev. Id., III, 9, 4.

*Toïç ôeoîç opa Tb àuTb Sfxatov \e xat v^i^tii,ôv cTvai. Id,, IV,

4ii INFLUENCE DE ifOGRATE.

uue habile interrogation, ce qui y était renfermé et en foui. On Ta accusé à tort d'aToir fondé Teudémonisme on la morale égoïste dn bonheur. Si Socrate a plus d*ime fois énuméré avec complaisance les résultats heufeoi pour rhomme, de la tempérance , de la simplicité de mœurs et de la vertu en général , il n'y avait là que Taccommodation légitime d'un philosophe qui se faisait tout à tous^ et cherchait à rendre le bien attrayant i\ ses auditeurs sans faire du bonheur qu'il procure le mobile premier de la morale. On se tromperait ^lement si Ton pensait que Socrate , en insistant sur le côté pratique de la philosophie , a combattu la vraie science. Il n'a combattu que la curiosité frivole qni cherche une pâture dans le spectacle de l'univers, et néglige Tâme humaine et les trésors qu'elle renferme; mais la meilleure preuve que Socrate n'a pas proficrit lu métaphysique en soi, c'est qu'il a eu pour disciples Platon et Aristote. Il n'a pas laissé sans doute un système achevé : mais telle n'était pas sa mission. Il est beaucoup plus grand par ce qu'il a inspiré que par ce qu'a a enseigné lui-même , bien que dans cet enseignement fragmentaire on retrouve les solides assises sur lesquelles repose le platonisme , et ce caractère moral ^ui permet de remonter du divin dans Thomme au divin absolu et éternel. Socrate a donné simultanément nue impulsion féconde à la conscience et à la pensée, et si l'impulsion morale a été plus énergique que l'impulsion intellectuelle, les besoins d'un temps où régnait encore Tinfluenee des sophistes le réclamaient ainsi. C'est d'ailleurs dans cette pénétration profonde

SOGRATE ET LE CHRl^lANISME. 115

XL yrai et du bien qu*est roriginalité et la puisance de cette noble philosophie qui, plus qu* aucune mtre, a trayaillé à la ruino du polythéisme. Au point le Yue de Tancienne Grèce, Socrate ayait mérité dt; mourir.

G* est pourquoi le christianisme , au lieu de ramasser tes calomnies et les injures d'un Lucien contre lui, doit (accepter comme Fun de ses précurseurs. Socrate était incapable sans doute de le remplacer, mais il était

appelé à faire sentir au monde combien il lui était nécessaire en déyeloppant des besoins et des aspirations que la religion hellénique ne pouyait satisfaire. Il a représenté en Grèce la loi morale , cette loi dont saint Paol déclarait qu'écrite dans le cœur des païens elle remplit un rôle analogue à celui de la loi mosaïque. Malgré toute Finfériorité de la philosophie yis-à-yis de la réyélation, tout ce que Socrate a fait ou dit pour relever les obligations de la conscience a eu le même résultat pédagogique pour son peuple que les institutions posithres des Juifs. Le Connais-toi toi-même ^ pris au sérieux, aboutit à Tinyocation du Dieu inconnu, qui n'est autre que le Christ.

Nous ne mentionnerons que pour mémoire les petites écoles qui, nées du socratisme, n'ont su ni le comprendre ni le développer, comme l'école Cyrénaïque et Fécole cynique. La première est un épicuréisme anticipé ; la seconde est une ébauche du stoïcisme , moins la grandeur et l'influence. Nous en venons de suite à cette noble philosophie platonicienne , qui a exercé

dans tous les temps une action si puii|éante sur les I 10

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