LA SCIENCE
ua auxiliaire plus puissant que Tamour \ » « Celui qui» dans les mystères de ramour, s*est élevé jusqu'à ce point, après avoir parcouru selon Tordre tous les degrés du beau, parvenu enfin au terme de rinitiation,aperçoittoat à coup cette beauté merveilleuse , sacrée et impérissable ^. » Platon nous donne Tidée la plus haute et la plus austère de cet amour de la vérité et de la beauté, quand il déclare que celui qui en est possédé doit s*élever complètement au-dessus de la vie corporelle et ne jamais oublier que ce qui est pur n'appartient qu'aux purs*. Le vrai philosophe est celui qui aime à contem* pler la vérité pour elle-même. « Celui, dit-il, qui fût son unique étude de la contemplation de la vérité n'a pas le temps d'abaisser ses regards sur la conduite des hommes pour la censurer et se remplir l'esprit d'air greur; mais ayant l'esprit sans cesse fixé sur des objets qui gardent entre eux un ordre constant et immuable, cest à imiter cet ordre qu'il s'applique. Est-il possiUe qu'on admire la beauté d'un objet et qu'on aime à s'en rapprocher continuellement sans s'efforcer de lui ressembler ^ ? » U est temps de chercher les grandes lignes d'un système dont nous connaissons d'avance la généreuse inspiration.
Platon s'attache d'abord à définir la science, la vraie science, celle qui est digne de ce nom. Elle se distingue
lpii>to; o&x âv tIç ^a3tu>ç XdSoi, Banquet, c. XXIX. ^Idem,
s Mrii Yjx^api^ xaBapou âfiicrcoOat |a4) oô Oeiititbv j}. Phédon. c. Xî.
* Répub,, liv. y;^ c. XUI.
LA DIALECTIQUE SOENGE DE L'ÊTRE. li^
non-sealement de Fignorance mais encore de Topinion, qui est une conclusion prématurée de notre esprit, basée non sur un examen approfondi mais sur nos impressions mobiles et fugitives. L'opinion n*a riende certain, d'absolu; si elle échappe au néant de l'ignorance, elle ne connaît pas cependant l'être véritable ; elle est^ pour parier la langue de Platon, un corn-*posé d'être et de non -être. La science, au contraire, s'dëTe au-dessus de tout ce qui est contingent et conditionnel pour s'attacher à l'être pur, immuable et étemel. « £llè fixe ses regards sur des objets éclairés par la rtrité et l'être, elle les voit clairement; mais quand riiomme tourne son regard sur ce qui est mêlé de ténèbres, sur ce qui naît et périt, sa vue se trouble et s'ôbseorcit; il n'a plus que des opinions*. » Sous sa forme supérieure, la science prend le nom de dialectique. CeHe-ci se distingue de la physique , de la morale et de (apolitique en ce qu'elle recherche , non pas les mani* festations diverses de l'être, mais l'être lui-même » et qu'elle ne s'arrête que quand elle a atteint l'absolu pi»* delà toute contingence. Du reste, la science ainsi comprise empiète déjà sur la morale , car l'être en soi est inséparable du bien en soi. Le connaître, c'est connaître le bien ; ce qui est pur n'étant que pour les purs, on ne peut le pénétrer qu'en l'aimant et le pratiquant. . La science, dans ce sens supérieur, est déjà la vertu, et l'ignorance entraîne avec elle le mal. Le péché est un autre nom de Terreur. Platon, en ce point, est un fidèle disciple de Socrate.
^Répub.,ns. Vl.c.XfX.
150 SUBTILITÉ IVARG^MENTATIOil.
Pour définir Tétre TéritaUe* il ayait à ao gurder d'unie doable exagération, car il était en présence de la doe* trine de Xénophane et de Zenon, qui niait la contmgeqce et le mouYement, et dn système de Démocrite qui niait Tunité et Tabsoln. Platon cherche ayant tout à établir que Ton doit admettre Tonité aussi bien qae 1» pluralité et le mouvement, le monyement aussi bien que r unité, et concilier ainsi les contradictions qui avaient fait la fortune des sophistes. On est étonné en lisant le Parwénide et le Théétète du caractère in- ^^énieux de Targumentation ; elle roule souvent sur de subtiles analyses grammaticales. Platon montre que le langage humain implique h la fois Tunité et la j^ ridité ; car les mots isolés B*ont aucun sens , ils ne s'éclairent pour T esprit que quand ils sont reliés les uns aux autres. La phrase réunit ainsi la multiidicité et r unité. Les lois de la connaissance conduisent au même résultat; dans toute connaissance il y a une dualité, un sujet et un objet, celui qui connaît et ee qui est connu. Nous sommes donc obligés de rejeter Funité abstraite et absolue de l'école d'Elée sans tomber dans l'atomisme. Cette dialectique subtile, parfaitement appropriée d'ailleurs aux adversaires qu'avait à combattre Platon, cache une vue profonde qui est liée à tant l'ensemble de sa philosophie. Appartenant au grand mouvement de l'humanisme helléni* que, il admet, comme son maître, que l'homme a été fait è l'image de la Divinité. Sa raison est divine. En conséquence les lois de sa raison, manifestées par les lois du langage, sont celles de l'être en général. La
L'ÊTRE ET LE NON-ÊTRE. 4«l
grammaire, à ce point de vue, a une portée considéraUe et on ne s*étoniie plus des révélations qui lui sont demandées et quid*abord semblaient bien puériles. Ainsi en face de Tètre absolu, se trouye un être contingent, moltiple, doué de mouyement. Il n'est pas Topposé de fètre, parce qu'il a une existence à lui, mais il n'est pas non plus l'être par excellence. D occupe une position intermédiaire ; il est Vautre éternel, toujours mêlé à Tétre absolu ^ C'est l'élément delà contingence, de la ploralité, du changement^ et, pour lui donner soîi vrai nom, la matière ; non pas cette matière grossière qui se palpe avec la main, mais une matière subtile; partout répandue et attachée à l'être absolu. Nous touchons ici à l'erreur fondamentale du platonisme, qui était celle du paganisme lui-même. L'humanisme ne parvint pas chez lui, pas plus que chez aucun philosophe de l'antiquité, à se dégager des liens du dualisme. Le mal est inhérent & la condition de l'être fini et multiple, parce qu'il est inhérent à la matière. Etemel comme l'être, le non-être relatif n'aura pas plus de fin qu'il n'a eu de commencement^. C'est là l'erreur première du platonisme, celle d'où découlent toutes ses erreurs en physique, en morale et en politique; il aboutirait logiquement au nihilisme panthéiste s'il n'était pénétré du plus admirable sentiment moral.
L'être véritable est donc partout mêlé à l'être contingent. Il constitue partout l'élément de l'unité, tandis (jue l'être contingent représente la diversité et la mul-
* Voir le Sophiste, c. XXXV.
« 'AXX' out' àTCoXéaOat xà xaxà SuvaTOV. Théét., c. XXV, 176.
I5S LIDËE.- LA MATIÈRE ÊTERMELLE.
tiplicité. L'élément d'onité en chaque chose est son prototype on son idée. Il y a un monde des idées ou des prototypes de tout ce qni existe, sphère supérieure de Tétre où la dialectique nous élèire en nous faisant remonter |de la contingence à l'absolu et du multiple à Tunité. « Les idées, lisons-nous dans le Parménide^ subsistent conmie des modèles de la nature; les choses leur deviennent semblables et en sont des copies ; la parti** cipation des choses aux idées consiste dans la ressemblance des choses aux idées. • L'idée, dans le platonisme, joue le même rôle que Télément de limitatii» dans l'école pythagoricienne ; c'est en effet la limite ouïe contour qui dessine la forme des dioses et les ramèie à un type intelligible. Du reste, ces idées des choses sont liées les unes aux autres; elles forment un tout harmonique et elles viennent toutes aboutir à une idée suprême qui les contient en soi, l'idée du bien'. C'est elle qui répand sur les objets de la science la lumière et la vérité, et donne à Vàme la faculté de connaître. « Sa beauté doit être au-dessus de toute expression, puisque le bien est la source de la science et de la vérité, et qu'il est encore phis beau qu'elles. Cette idée du bien est semblable au soleil, qui ne rend pas seulement visibles les choses visibles, mais leur donne encore la naissance, r accroissement et la nourriture. En effet, les êtres ip- IcUigibles ne tiennent pas seulement du bien leur intelligibilité, mais encore leur existence ^. » Ce bien ab-
t TsXsuTaCa -îj tou aYaOou îîéa, xavTwv xiXwv aiT(a. Répvb., VI».
c. III, A.
« RépuJb., Uv. VI, c. XVilI, XIX.