LE PLATONISME, PRÉPARATION DU CHRISTIANISME
en fonnulant un parefl système de morale, poorsuiTail et complétait l'œuvre de Socrate; la voix de Dien, qoi tnmve encore nn profond écbo dans le cœur humain, avait en hn un organe que la Grèce entière écoutait; et quand bien même Taustère révélation de la conscience était enveloppée cette fois d'un langage trop harmooienx ponr ne pas distraire un peuple d'artistes par la beauté de la forme, il la recevait néanmoins; les tables de la loi étemelle, quoique taillées dans le marbre le plus blanc et le plus merveilleusement sculpté, n'en étaient pas moins lues par lui. Ce fait est d'une immense importance pour ce qui concerne l'oeuvre de préparation au milieu du paganisme. Du reste, Platon ne se contentait pas de développer le sentiment de la déchéance, en peignant en traits si purs l'idéal moral à ses concitoyens. Oette déchéance, il l'affirmait énergiquement, comme nous l'ont appris les frag» ments du Phèdre que nous avons cités. L'&me, dans 8(m état actuel, lui paraissait plus défigurée que Gkueus, le marin « dont on ne peut reconnaître la pre> mière forme, tant il a été déformé par un long séjour au sein de la mer ' . >» Il était impossible qu'en insistant comme il le faisait sur la triste condition de l'homme sur la terre, il ne contribuât pas à exciter chez lui une ardente aspiration vers une condition meilleure, et à développer le besoin du salut. Malheureusement il a faussé en partie ce besoin en même temps qu'il l'a réveiUé ; car il a enseigné le salut par la science bien plutôt que
« Répub. IW. X, c. XU.
I6C PHOOSOPHIE D'AUSTOTE.
le saint par Ja rédemption. Il n^entreroyait qn*nn saint tout inteflectnel et, par conséquent, essentidUement aristocratique et peu fiât pour Fensemble de Thumanité. Cest là sa fiûUesse : c^est ceUe de tonte pUflkwophie qni n*a pas été complétée par la réTélaticm. EDe ne pent qn^entreroir ce qni est nécessaire à Thranmé; die ne pent le Ini donner. Un système ne le sauTe pas, car le saint est nn fiiit; mais c*est déjà aToir rendn ns précieux senriee à la race déchue que d*aTmr réTeîDé ses besoins les plus profonds, et de leur ayoir donné une immortelle expression.
Après tout, le platonisme a été la plus énergique protestation de Fesprit contre la chair dans Fancien mondé. Nous ne saurions mieux résumer notre appréciation sur cette glorieuse école qu*en lui appliquant ce que Platon a dit si poétiquement de Famour dans le Banquet : elle désire ce qui est souyerainement beau, sans posséder elle-même ce qu'elle poursuit.
Nous ne nous arrêterons pas longtemps à la philosophie d'Âristote. Ce n*est pas que nous en méconnaissions la yaleur, elle a exercé une action égale à celle de Platon; elle a créé une méthode immortelle; elle a amassé de précieux matériaux. Elle est la plus sayante des pbilosophies anciennes, mais elle a eu un rappwt bien moins direct ayec le christianisme, et elle n'a seryi Fceuyre de préparation que d'une manière indirecte en pcffectionnant la formule de Fhumanisme et en continuadt à saper par la base le polythéisme. Elle forme, comme on le sait, un contraste frappant ayec le platonisme, tout en procédant de lui. Aristote, qui ayait été