‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 3)Chapitre 73 sur 184 · PHILOSOPHIE D'ARISTOTE · texte numérisé non relu

PHILOSOPHIE D'ARISTOTE

pendant vingt ans disciple de Platon , lui est demeuré fidëe SOUS un rapport; il a admis, comme lui et bien plus que lui peut-être, l'analogie entre les éléments supérieurs de la nature humaine et la divinité. Le dieu d'Âristote est, en définitive, la pensée, Tesprit élevé à sa plas haute puissance. Yoilà pourquoi il'étudie Fintelligence humaine et sa révélation dans la parole avec on soin si minutieux, espérant arriver par cette voie aux lois universelles de Tétre. On conçoit, à ce point de Tae, l'importance qu'il donna à la logique. Tandis que Platon s'élève immédiatement aux idées pour de là construire le monde, en s'attachant toujours à ce qui est général et éternel^ Aristote se concentre tout d'abord sur le particulier, l'individuel, le contingent pour en tirer, par une patiente induction, toute sa logique. Nous ne le suivrons pas dans cette ferme analyse des formes et des modes de nos jugements, d'où il tira les grands principes de sa philosophie. De même que dans le mode ordinaire de nos jugements, qui est le syllogisme, nous allons du plus connu au moins connu, de o^me aussi la science d'après lui doit prendre son point ^^ départ dans ce qui nous est le plus immédiatement connu, c'est-àrdire dans la sensation. Celle-ci, en se répétant, produit le souvenir, par le souvenir l'expé-

'^nce, et l'expérience produit la science. L'esprit humain comprend deux sortes d'intelligences : l'intelli- S^ïice passive, qui est comme le réceptacle de la sensa- ^on, et l'intelligence active, qui imprime aux données fournies par les sens le sceau de la pensée. Elle en dé- ?^geles premiers principes, et les vérités éternelles dont

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cllo a le type en elle-même. Cette inteUigenoe actÎYe est la partie diYinc de Tesprit. C'est elle qui imprime im car ract^ro intelligible, une forme déterminée aux éléments Inoohérciits et indistincts qui nous arrivent par le canal î\o lu sensation. Ainsi, déjà dans Fètre humain, nous trouYous cette dualité de la matière et de la forme qui traverse tout le système d'Âristote. La matière, c'est ce qui est passif, indéterminé, général ; la forme, aa contraire, c'est ce qui est actif, déterminé, particulier, [/esprit touche au monde sensible par sa passivité, et au monde divin par son activité*. Aristote élève ceB résultats de la logique à la hauteur de principes uni-^ versels. Il prouve que F essence d'une chose ne réside pas dans ce qu'elle a de commua avec toutes les autres ^^ mais dans ce qui l'en distingue. C'est par ses dii^ rences qu'on la définit. C'est donc là ce qu'eUe a d'es— sentiel. En conséquence l'essence des êtres ne doit pa!» être cherchée dans l'élément d'unité et de généralité, ou dans l'idée, ainsi que le prétendait Platon, mais danfi^ l'élément de diversité et de particularisme. Il n'est p» possible d'être en opposition plus directe avec le ph^ tonisme.

Ainsi l'opposition de la matière et de la forme, pour Aristote, correspond à l'opposition qui existe entre l'élé^ ment de généralité et l'élément de particularisation- D'un côté est la passivité pure, le non-être; de l'autre l'activité, l'être, la pensée. La matière et la forme sont les deux grandes causes d'où procèdent tous les êtres *

Eth. nie, VI, H.

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La cause formelle est en même temps cause motrice et cause finale \ car évidemment c'est Félément de détermination qui imprime le mouvement à la matière passive ' en la déterminant , et c'est lui encore qui est la fin de Tétre, puisque Tétre n'existe réellement que quand il a passé de Findétermination à la détermination. Le iDOUTement est la fin universelle de tous les êtres ^. H est étemel et permanent. Si le mouvement est ainsi universel et étemel, il est nécessaire qu'il y ait un preniier moteur immobile qui le produise éternellement. Ce premier moteur, unique parce qu'il est absolu , est le £ea d'Aristote. « Le moteur immobile , lisons-nous àsaxB le XIP livre de sa Métaphysique , est un être nécessaire ; et, en tant qu'être nécessaire, il est le bien et» par conséquent, un principe. Tel est le principe siu)iiel sont suspendus le ciel et toute la nature. Il possède éternellement la félicité parfaite. La jouissance pour lui c'est son action même. Ce premier moteur est ÎB^Doiatérieli car il est essentiellement énergie. Il est ^ pensée pure, la pensée se pensant elle-même, la P^Usée de la pensée*. »> L'activité de l'intelligence pure ^ soi, telle est la vie parfaite, étemelle, de Dieu. Ce Pi^tnier moteur, ou le bien absolu, meut le monde sans ^^'^ir de son mouvement éternellement égal, en étant ' ^bjet du désir et de la pensée et en attirant ainsi sou- ^^^inement vers lui tous les êtres. Le principe du

* Hivra Ta ^tY^jAsva fricb xe tivoç '^i'^i'Zdi xai èx ttvoç. Uétaph,, Z. 7.

* Tb -^àp IpYOV TéXoç. Métaph., 9. $.

Métaph., 1, traduction Pierron.

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