LA RELIGION R0BIA1NE
traditions locales. On retrouvait dans ses idées reUgieuses les données élémentaires des religions de la nature, Tadoration de ses forces ou de ses lois. Le^ dieux cachés adorés en Etrurie représentaient le pouvoir mystérieux et inexorable de la nature. L*Indn védique reparait dans la religion étrusque ; en eUet, comme les premiers Yédas, elle voit la manifesta' tion par excellence de la divinité dans le grondemesl du tonnerre et Téclat de la foudre. Les Etrusques dier chaient dans les éclairs les signes de la volonté é vinc; la science des augures était très développées milieu d'eux. Leur religion était essentiellement m art, Fart de découvrir les desseins des dieux et d*agi sur eux par des rites variés. Os avaient également donm une grande importance aux divinités d*un ordre infé rieur, aux démons et aux génies. Il les appelaient dieo: lares et en avaient fait les protecteurs du foyer et del famille ^ Cette religion bizarre^ mélangée aux culte divers du Latium et quelque peu enrichie par les tradi tions helléniques qui arrivaient par la Grande-Grècerfo le premier fond des croyances nationales de Borne mais bientôt la fière cité les marque de remprdnt qu'elle laissait sur tout ce qu'elle s'appropriait. 8(H g'énie était en tout l'opposé de celui de la Grèce; dl n'avait point cette riche imagination qui crée les mythe et fait de l'histoire des dieux une brillante poésie. Aatf jusqu'au jour où la Grèce, asservie par Bome, la conqv moralement et déversa sur elle toute sa civilisation, rien
» Drœllinger^ p. 457-463.
CARACTÈRE PRATIQUE DE LA RELIGION ROMAINE. 4t3
de plus pauvre et de plus nu que la mythologie romaine. Elle n*a aucun caractère idéal, c*est la plus prosaïque de toutes les religions. Elle ne cherche pas à inventer de poétiques légendes; elle ne se préoccupe point de glorifier les fondateurs de la race sous le nom de héros, mais se borne à diviniser la vie réelle , sans éprouver le besoin de la transformer. Essentiellement agric(4e, elle s'empare de tous les détails de la vie des champs pour les consacrer et les sanctifier. Les dieux sont de simples abstractions de la nature^ sans analogie réelle avec rhomme ; ils demeurent impersonnels comme - les lois du monde physique. Aussi se multipliaient41s à Tinlim, bien que le culte de Jupiter Maximus maintint à fiome une espèce de monothéisme. « Toute la mythologie romaine, dit très bien Benjamin Constant, était nonseolement morale, mais historique. Chaque temple, chaque statue, chaque fête, rappelait aux Bomains quelque danger dont les dieux avaient sauvé Bome. (Chaque ^linité prend une vertu sous sa protection : Jupiter iiupire le courage, Vénus la fidélité conjugale, Neptune pilépare aux résolutions prudentes, Hercule auxinviola- Ues serments ^ » Junon Sospita était adorée parce qu'elle ^Tait accordé aux Bomains une victoire éclatante sur les ^tdois; Jupiter Stator avait arrêté leur fuite; Castor et ^ux avaient combattu pour eux ; Jupiter Latial avait P^dé à Talliance de tous les peuples latins. Le sacerdoce romain était électif. Il n'était pas inféodé à des bmilles spéciales comme en Grèce et jouissait d'une
' Benjamin CSonstant^ Du polyt?téisme romain, liv. I, ch. V.
%9i IMFUJBiGE DE LA GRÈCE CONQUISE SUR BOME.
grande iDflaence politique , car c'étaient les prêtres qui prononçaient sur la It gitimité des adoptions et des testaments. Le nom de pontife venait du pont jeté p«r Aucqs Martins sur le Tibre , et qui était remis à la garde des prêtres. « Les fêtes célébrées à Bome étaient presque toutes consacrées à son histoire. Les Lémuries étaient de scdennclles expiations du meurtre commis pur le premier roi; les Quirinalei éternisaient son apothéose. Les danses sabiennes se célébraient en Thonneur du bouclier que les dieux aTaient jeté du ciel aux Bomains'. » Ainsi toujours Tidée humaine et nationale remportait sur Tidée religieuse. Le culte se fidsait remarquer par la complication du rituel et la multiplicité des sacrifices. La science des aruspices et des augures était déyeloppée à Bomc comme en Etrurie ; on y adorait aussi avec prédilection les dieux lares et les pénates. Un changement profond s'opéra dans la constitution et dans Tesprit du peuple romain, depuis Tépoqœ où, maître de Tltalie et vainqueur de Garthage, il ne connut plus d'obstacles à son ambition. Les dépouilles des nouvelles provinces conquises firent affluer les richesses à Bome, Tancienne simplicité de mœurs s'effaça, un luxe insolent fut étalé. La classe moyenne, dans laquelle s'étaient recrutées ces héroïques légions qui avaient assuré la prépondérance romaine, tendait à disparaître. Il n'y avait plus en présence qu'une aristocratie corrompue et une tourbe de mendiants turbulents et impérieux sur laquelle tous les factieux pouvaient compter.
» Benjamin Constant. Du polythéisme romain, liv. I, ch. V.
IRPUHENCaS BE LA GRÈCE (X)NQDIfiE SUR ROME. f95
La conquête de la Grèce, achevée 146 ans avant Jésns^ Cliriit, h&ta, pins qu'aucun autre événement, la déeoB^MMÛtion de l-ancienne société. Le contact de denx civilisations si différentes \ leur fut également funeste , parce que chacune apportait à Tautre sa part de corrup* tioD. Le fiomûn avait gardé sa rudesse, mais sans j joindre son austérité primitive ; il éjurouvait une i^pre avidité de richesse et de jouissance. Transporté mu* daia au milieu des plus merveilleux trésors artisM« qies du monde, il fut comme enivré, et, sans en bien comprendre le prix, il chercha ausûtôt à se les appr»prier. Mais la culture de la Grèce n'était pas anssi fteile à conquérir que ses provinces. On pouvait tran»* porter à Bome ses marbres précieux, mais non sa grAce ddicite. Il était beaucoup plus aisé de lui emprunter ses vices et surtout les doctrines qui les justifiaient^ comme Fépicuréisme et le scepticisme. La Grèce jotia vis-A-Tis de fiome le rôle d'une esclave intelligente qui cherche à dominer son maître en flattant ses pas^ Aim, Elle se dégrada toujours davantage à ce hoi^ teai métier, sans parvenir jamais à élever jusqu'à "^le ^ redoutable disciple , qui était en même temps son ^ynin. n avait une manière de redire la leçon apprise P^ lui qui en changeait complètement la nature. La poétique mythologie grecque, transportée à Rome ^ y Perdit tout caractère idéal; elle se matérialisa et sulât ^si une profondé altération. Nous verrou» à quel ^^gré d*àb«ssement descendit Ffaumanisme à la période savante.
La littérature romaine copie la Glrècei^vee Ennius et
496 INFDENCE DE LA GREGE GONQUiSE Sm BÛIB.
LiTiasÂndronicas; mais leur main . est trop rude pour faire reyiyre dans la copie la grâce et la firatchear 'de coloris de Toriginal. Le génie de Rome ne brille à cette époque que dans la comédie aTec Plante et Térenee, parce que le ridicule abonde dans cette phase intermédiaire où des mœurs nouvelles luttent contre d'anciennes traditions nationales. Les artistes grecs remplissent b yille, ils j portent leur facilité, Félégance et la souplesse de leur manière ; mais ils traraillent pour les oppresseurs de leur patrie : c'est dire à quel point Tinspintion élevée doit leur manquer. Cependant, ils sdtal encore trop près de la grande époque artistique pour ne pas produire des œuvres admirables. Bome est embellie par eux et leurs disciples. Bien ne peut pins arrêter le luxe. Mais Tagentle plus actif de la corntption est le sophiste grec de la décadence, le représentant de la nouvelle académie, le sceptique blasé qui, comme Gaméade^ vient enseigner à Bome le mépris des choses saintes et saper les bases morales de la société. Toutes ces influences combinées amènent la chute de la république. Bien ne prépare mieux T humanité à accepter docilement les jeux de la force qu'un scepticisme effréné. H y a entre l'incrédulité et le despotisme une secrète mais sûre intelligence. Du jour où Bome ne crut plus à ses dieux, elle ne crut plus à elle-même ; la république était frappée des mêmes coups qui avaient atteint la religion, et le pouvoir n'était plus qu'une proie disputée par des ambitieux sans crainte comme sans scrupules. Ni la vertu d'un Gaton, ni l'éloquence d'unCicéron, ni le pcMgnard d'uu Brutus ne pouvaient sauver la