‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 3)Chapitre 96 sur 184 · L'ART SOUS L'EMPIRE · texte numérisé non relu

L'ART SOUS L'EMPIRE

ra tare ; il a toujours ses tablettes à la maiu , à la chasse, à la promenade, pour y noter ses moindres inspirations, les moindres effets de style qui lui Tiennent & Tesprit*. On reconnaît en lui celui qui avait le courage de lire Tite» Live à Pompéia pendant Féruption'. Da reste, le type complet du littérateur de la décadence n'est pas PUne te Jeune ; il a un talent trop fin et trop yéritable p<mr cela. G*est Apulée, yiTant, il est yrai, plus tard'; mais U n*a fait que pousser à Textrème une tendance existant ayant lui : on n'a qu'à lire ses Florides^ espèce de compositions d'un rhétoricien émérite, pour se convaincre du vide et de la boursouflure qui régnent dans une littérature sans passion et sans idées. Ces pièces^ ingénieuses et fleuries , avaient un grand succès dans les lectures publiques, si fréquentes à cette époque ^. Apulée s*exciise de prononcer un de ses discours dans le même endroit où un danseur de corde faisait ses tours d'adresse^ ; nous trouvons qu'il n'aurait pu mieux placer sa tribune, car la littérature comme il Fa comprise rappelle k s'y méprendre les prouesses exécutées sur la corde roide. Les beaux-arts partagent les destinées de la littérature. Sous Auguste, sous Trajan et les Antonins, les monuments publics ont un caractère saisissant de grardeur et de majesté. Cependant les divers genres d'architecture commencent à se mêler les uns aux autres; l'ornementation se prodigue ; la sculpture devient colossale et la peinture obscène. Pétrone lui-même se plaint de la déchéance des beaux-arts, qui, oublieux

« Liv. IX, ép. XXXVL — « Liv. VI, ép. XX. — » Il naquit vers l'an UO ap. J.-C. — * Fiorides, IV, 18.

LA DÉCAl^NGE ET L*ASPraATION DANS L'ART. 217

des nobles traditions du passé, cherchent à flatter les Tices d'un temps corrompu ^ Cependant si Tart reflète trop fidèlement les tristes côtés de la Rome impériale, il exprime aussi ses aspirations. C'est surtout les sarcophages qui révèlent cette inspiration plus haute. On y retrouYe ce besoin de renouyellement et de palingtoésie qui travaillait alors le monde. Les sujets qui y sont représentés sont empruntés de préférence aux mythes roulant sur Cérès et Bacchus. Le mythe d'Eros et Psyché est souyent traité d*une manière admirable : on Yoit que Fartiste a représenté la douleur de Tàme priyée du yéritable amour^. L'élément oriental fait de plus en plus invasion dans Fart. Tout ce qui se rapporte au culte de Hithra est reproduit par lui avec une singulière prédilection. Un souffle panthéiste le domine; il s'abaisse jusqu'à demander des iospirations à l'Inde et à l'Egypte. Quelquefois même, il se contente de fabriquer les amulettes que réclame la superstition populaire. Ainsi reparaissent dans l'art tous les contrastes de cet âge de transition.

On comprend ce que pouvait être la religion dans un pareil état social. L'abaissement profond que nous avons signalé à l'époque précédente est bien plus marqué. La rencontre de tous les dieux du monde dans le Panthéon romain les met tous en grand danger. S'ils avaient eu réellement l'intelligence que la superstition populaire leur prétait, ils eussent eu plus de peine à se regarder sans rire que les augures, car le simple fait du rappro-

« Pétrone, Satyric., c. LXXXVIII.

« Otfriedlifaller, Archœologie, p. 241.

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