III
232 LE STOlOESIffi WMÉM.
promptemeBt de ee raffinement délicat qni aHait a Grèce jusqu'à admettre la yertu comme un assaûc»nement du plaisir, et la tempérance comme un moja de le prolonger. Elle professe et pratique on sensulisrae grossier. Plutarque Ta fidèlement caractérisée quand il a &it dire à son philosophe épicurien : « Que la yie nous soit tout entière un agréable festin M > L'influence d'une telle doctrine se faisait sentir ém la Tie sociale comme dans la yie morale : « H ne fort pas chercher, disent ses représentants , à être guerrier Taleureux, orateur, homme public ou magistrat; i faut se contenter de jouir. » « Ils enseignent, dit Or core Plutarque, à renoncer à toute yie politique ^« Certes une telle philosophie dorait plaire aux despotes-, mais quel abaissement ne trahissait-elle pas duts cette ancienne société qui ne vivait naguère que poor TBtat?
Le stofeisme est sans contredit en opposition direete avec cet odieux système, la honte de rhumanité pensante. £t pourtant, à Rome comme en Grèce, il demeni^ toujours fidèle à ce vague panthéisme, qui était toate sanction divine à la morale. Il est vrai qu'il s'abstient prudemment de spéculations profondes; il fait même de son impuissance un principe, raillant plsu^amment les grands philosophes ses devanciers et leurs recherches métaphysiques. A l'en croire, se livrer à la haute spéculation, c'est faire un nœud compliqué pour se donner le plaisir de le défaire; semblable au jeu d'échecs,
» 'Ael 8' 'fjjJLÏv Sa{ç te ^(Xtj. De epic, c II, 1.
« Plut, id., c. xxxm.
SON DERNirai MOT EST LE SUICIDE. S33
3lle exerce inntilemeiit les facultés ^ Ces railleries sont an fond fort tristes ; elles cachent nn amer découragement. Combien de déceptions suppose cette renonciation anx recherches hardies. Quand la philosophie se tourne ainsi exclusivement vers les applications, on dirait ce prince de Syracuse qui de roi se fit maître d'école. Nous ayons du reste reconnu déjà la grandeur du stoïcisme romain, grandeur quelque peu théâtrale et déclamatoire, mais qui reçoit un reUef eitraordinaire de runiyerselle abjection iqui Tentoure. Tootefois la doctrine demeure toujours fausse et stérile, Même au point de vue moral. L'énergie qu'elle développe est toute passive; elle place encore la perfection dans l'insensibilité. « Il faut, dit Sénëque, habiter une sommité qui soit à l'abri des traits du sort ^. » Un fatalisme désolant est à la base du système. Fata nos iucunt ^, les destins nous conduisent! voilà la devise des stoïciens. Elle ne. les compromet pas beaucoup, et cUe ne les rend pas très dangereux pour les Césars. Du 'este, ils savent aussi s'accommoder à la faiblesse hu- QUdne. A défaut de l'insensibilité trop di£Scile à acquérir, ils conseillent le suicide ! « J'ai contre les maux de la vie, dit le philosophe stoïcien, le bienfait de la itiôrt *. Tous les temps et tous les lieux nous apprenaient combien il est facile de renoncer à la vie. » Ainsi, e suicide est le dernier mot du stoïcisme. Tandis que
1 <f Nectimus nodos ac deinde dissolvimus. » Sén. ép. XLV . > « Vertex extra omaem teli jactum.» Sôn.^ De const, sapierU,, c. 1. ' Sén., Provid,, c. V.
^ « Contra iigarias yitae beneficium mortis habeo. » Sén., ép. LXX. !)e Provirf., c. VI.