LA PHILOSOPHIE A EU SES MARTYRS
«iinemis du Christ, et les meurtrier» des hommes qai ^iyaient selon le Yerbe ou la raisoB. » Justin fait aiosi remonter le martyrologe de la Yérité jusqu'aux pve* miers jours du monde. Il rappelle que les philosophes qui, comme les stoïciens, n'ont réalisé au milieu de beaucoup d'inconséquences qu'une bien faible partie de la doctrine fragmentaire du Yerbe, n'ont pas échappé à la persécution. Quel traitement n'a-t-on pas infligé à celui qu'il considère comme le grand prophète de l'hellénisme, à ce noble et courageux Socrate dont on oppose le système à la religion nouvelle? « Quand Socrate, dit-il, s'efforça par une parole \raie et une dialectique habile de détourner les hommes des démons, ceux-ci le firent immoler comme un athée, un impie et un novateur^ par les mains des amis de l'iniquité ^ >» Justin appliquait à l'hellénisme la foudroyante parole de Jésus-Christ aux pharisiens : « Vous qui bâtissez les sépulcres de vos prophètes, vous les avez mis à mort ! » La Grèce oubliait qu'elle avait autrefois immolé ou persécuté les illustres philosophes dont elle était si fière.
L'apologiste ne se contente pas d'invoquer une analogie toute générale entre les enseignements de la sagesse antique et la religion nouvelle ; il nous apprend en quoi consistait ce christianisme anticipé, et il le dégage des erreurs ou des superstitions qui l'ont altéré. La croyance à l'immortalité et à la résurrection, l'attente d'un jugement futur à la suite duquel les âmes
' Apol,, II, p. 56.
EAMHmr ENTRE LA PHILOSOPHE ET L'ÉVANGILE. 1-75
entrecoDt dans un séjour de félicité ou seront jetées ihnsla géhenne^ telles sont les irérités capitales cpic les philosophes et les poètes de l'antiquité ont proclamées mat Jésus-Christ. Platon n'at-il pas enseigné que Umtefl choses a^aie^t été créées et façonnées par Dieu, et les stoïciens n'annoncentt-ils pas que le monde sera eonsamé par le feu? Pour trouver la confirmation des attaques des chrétiens contre Fidolâtrie^ il n'est pas nécessaire de recourir à un philosophe. Le poëte Méaaiidre a dit, aox applaudissements de la Grèce, que €dai qui fabrique Tidole est supérieur à son ouvrage. Jastiii pousse plus loin son raisonnement; il n'en appelle {MIS seulement à la philosophie et à la poésie, Bais encore à la religion populaire, dont le témoignage taû parait précieux, même sous sa forme grossière; il prétend découvrir, sous ce vain ramassis de fables et de mythes, le pressentiment de quelques-uns des dogmes les plus étonnants du christianisme. Pourquoi les païens se scandaliseraient-ils de la divinité du Christ? K'ont-ils pas multiplié les apothéoses depuis Hercule JBsqa^au dernier des Césars? Si nous disons (lue le Sauveur du monde est né d'une vierge, cette affirmation n*a rien de choquant pour ceux qui attribuent une naissance également miraculeuse à Persée. Si la mort 4e notre Dieu vous scandalise, pourquoi faites-vous nonrir la plupart des fils de Jupiter? Si ses miracles vaus étonnent, ne pariez plus des guérisons extraordinaires opérées par Ësculape * .
* ApoL, I, 66, 67.