SON IDÉALISME IMPUISSANT
recneillera piensement les parcelles de yérité qui se sont mêlées à leurs erreurs, mais il ne saurait admettre sans renier sa foi, qu'aucun d'eux ait pu par lui-même découvrir la vérité entière. Son premier devoir est de les convaincre tous ensemble d'impuissance. Les diverses écoles de l'antiquité, malgré les différences que l'on peut signaler entre elles, ont certains traits communs qu'il importe de relever pour établir la nécessité d'une révélation. Clément n'indique nulle part clairement ces traits distinctifs de la philosophie grecque, mais il les avait évidemment en vue dans les belles pages qu'il a consacrées à l'enseignement de Jésus-Christ; car ce qu'il relève surtout dans la méthode du Maître divin, c'est ce qui est en opposition directe avec les méthodes favorites de la sagesse antique. Celle-ci se trouve ainsi implicite-
ment critiquée dans l'hommage que l'apologiste rend à l'Evangile. Le premier caractère de l'enseignement du Christ, d'après Clément, est de s'élever au-dessus de la pure théorie, de tendre avant tout à la pratique; son dessein est d'orner l'âme de vertu avant de l'orner de science et d'y faire couler un baume salutaire ^ Aacun des lecteurs du Pédagogue n'ignorait que la philosophie antique n'avait jamais su distinguer la science de la morale, qu'elle les avait sans cesse confondues et qu'elle avait identifié le mal à l'erreur. Ses clartés étaient froides, sa lumière ne portait pas la vie avec elle, elle ne changeait pas ceux qu'elle persuadait
« IIpaxTixbç, oô iJi.£6oBwt6ç. (Clément, Pœdag,, 1, 1 .)
^18 SON ESOTËRISME.
et permettait à un Alcibiade d'appartenir à l'école d'un Socrate. Le Verbe, continue Clément, ne cherche pas seulement à nous améliorer, mais encore à nous guérir, car l'homme est malade. Tant qu'il n'a pas été guéri à quoi lui servirait la science? Il a besoin bien plutôt d'un médecin que d'un maître. Or, jusqu'à l'avènement du Verbe, personne au sein du paganisme ne s'est occupé de le délivrer de ses maux * . Il était semblable au paralytique couché sur son lit, ou plutôt il était comme Lazare enseveli dans un tombeau. Il fallait, avant de l'instruire, le relever et le ressusciter. Or c'est le Verbe seul qui lui a dit : « Lève-toi^! » Sous ce second rapport, sa méthode s'élève bien haut au-dessus de la philosophie antique.
Il n'était pas nécessaire d'entrer dans de longs développements pour faire ressortir une troisième différence entre les deux enseignements ; la divine simplicité du christianisme, qui le rend accessible à tous les degrés de culture, rappelait par le contraste le fier aristocratisme de la sagesse païenne, Platon avait fait graver sur la porte de son école : Nul n'entre ici s'il n'est géomètre; en d'autres termes, nul n'entre ici s'il n'est déjà savant, s'il n'appartient aux classes lettrées; nous ne parlons que pour les esprits fins et polis et non pas pour l'homme inculte. — Quelle distance entre cet ésotérisme orgueilleux et l'enseignement du Christ qui sait se faire tout à tous et qui consent même à adoucir
[Pœdag.y I, c. ii, § 6.)
« AaÇape, eïicsv, IÇoSt. [Id,, l, c. ii, § 6.)