LES ÉCOLES MATÉRIALISTES
ment les oreilles de leurs auditeurs, et répandant un vrai fleuve de paroles inutiles*. L'art des sophistes, si cher à la Grèce, est un vain prestige qui assimile le mensonge à la vérité. C'est un jeu frivole enseigné par d'éloquents séducteurs qui s'emparent de l'esprit des hommes par la ruse. Ce sont eux, dit l'Ecriture, qui enlèvent du métier la trame du tisserand, mais ils n'en ourdissent rien ^.
Passant de la sophistique à la philosophie sérieuse, Clément met hors de cause les trop nombreux systèmes qui reposent sur le matérialisme. Combien de fois la sagesse antique n'a-t-elle pas déifié la matière par l'organe de quelques-uns de ses représentants les plus éminents ^! Thaïes a vu le premier principe dans l'eau, Anaximène dans l'air, Heraclite dans le feu; d'autres ont déifié les quatre éléments. « Une sagesse insensée a conduit ces philosophes à l'athéisme, car ce sont des adorateurs de la matière. Peu importe qu'ils n'aient adoré ni le bois, ni la pierre, s'ils ont divinisé la terre qui produit le bois et la pierre. Peu importe qu'ils n'aient pas adoré Neptune, s'ils ont déifié l'eau*. » Ces maîtres illustres, dont la Grèce a été si fière, n'ont fait qu'y transporter les fables des mages adorateurs du feu. Incapables de remonter jusqu'au véritable auteur de toutes choses, ils se sont arrêtés à ces éléments faibles et indignes. Parmi les philosophes matérialistes, Clément cite en première ligne les stoïciens, qui ont
* Stromates, I, c. m, 22. * Id.y c. viii, 39-41.
' 4>iXoao(p(av a'jTY)v àvsiBwAoïroiouaav t})v uXyjv. (Protrept,,Y,6^.)
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Î22 LA PHILOSOPfflE SUCCOMBERAIT A LA PERSÉCUTION.
déshonoré la philosophie en mêlant la divinité à la mar^ tière, et les péripatéticiens qui assimilent le Dieu suprême à l'âme de l'univers et le confondent ainsi avec le monde. Quant aux épicuriens, il ne s'abaisse pas à les réfuter; il les flétrit d'un mot : leur doctrine est l'impiété même * . Ces écoles matérialistes ont déchaînéles honteuses superstitions de l'astrologie dont le crédit grandit tous les jours ^.
La révélation l'emporte sur la philosophie en deux points essentiels : d'une part, elle n'est pas comme la sagesse humaine renfermée entre d'étroites limites nationales, elle ne s'arrête pas aux frontières d'un pays; de l'autre, elle affronte la persécution et en sort victorieuse. Le premier magistrat qui cherchera à entraver la philosophie grecque, la fera disparaître, tandis que notre doctrine, attaquée dès ses origines par les rois, les tyrans, les proconsuls, les gouverneurs, par leurs satellites et par tout un peuple stupide qui lui fait la guerre et voudrait l'extirper, grandit de plus en plus. Elle n'est pas faite pour mourir comme un enseignement d'homme, et elle ne se flétrit pas conune ce qui est dépourvu de vigueur, tant le don de Dieu est riche en puissance '.
Pour mieux humilier l'orgueil philosophique, Clément compare la haute culture hellénique à la religion de ces Juifs méprisés que l'on considérait comme le dernier des peuples et qui n'ont obtenu que la notoriété du mépris. 11 établit son infériorité ou sa dépen-
< Protrept., Y, 66. « Id., YI, 66. ' Strom., VI, c. xvii, 167.