LA FOI NON FONDÉE SUR LE MIRACLE
et à la gnose. La théologie chrétienne se dégage de la croyance élémentaire comme un arbre magnifique sort du gland déposé en terre, car la croyance des humbles, bien loin de restreindre l'essor de la pensée, porte celle-ci aux hauteurs radieuses d'où ce monde et l'autre sont contemplés dans leur majestueux ensemble. Nous verrons, quand nous retracerons les idées de Clément sur la théologie proprement dite dans l'exposition de son système dogmatique, que l'humilité du point de départ n'a point gêné le développement hardi de sa pensée. Bien loin d'établir une opposition tranchée entre la raison et la foi, il voit dans l'une et l'autre des procédés différents d'une même énergie intellectuelle et morale, comme le prouve le passage suivant : « La sagesse, dit-il, change de nom selon ses diverses applications * . Quand elle remonte aux premières causes elle s'appelle l'intelligence ; elle devient science, quand elle fortifie l'intelligence par la dialectique et elle devient la foi lorsque, concentrée sur la piété, elle atteint le Verbe primordial, sans le voir encore face à face et en demeurant dans les conditions de l'esprit humain. »
Telles sont les bases de cette grande apologie. Il nous faut maintenant descendre des hauteurs de la philosophie religieuse pour considérer de quelle manière Clément, en partant des principes généraux qu'il a posés démontre la vérité du christianisme his-
{Strom,, \y c. XVII, § 155.)
Ui LA FOI NON FONDEE SUR LE MIRACLE.
torique. Jqsqu'ici, en effet, il a établi la légitimité de la foi en général comme procédé de connaissance, comme moyen d'arriver à la certitude ; il a établi victorieusement que l'intuition morale atteint seule les vérités premières et nous élève, de la basse région des phénomènes et des effets à la haute région des causes et tout d'abord au principe universel de toute existence, qui est Dieu. Mais il ne s'est pas contenté de cette discussion préliminaire, et il s'est efforcé d'établir la vérité de la foi chrétienne propremeût dite, en montrant que la vérité perçue par l'intuition morale est en tout point d'accord avec l'Evangile. Il nous reste à savoir comment il s'est acquitté de cette tâche.
Nous sommes assuré d'avance qu'il ne verra pas dans le miracle le premier titre de la révélation à notre confiance. En effet, une telle argumentation serait le renversement de son principe apologétique. Une conviction qui ne serait que le réspltat de la constatation d'un certain nombre de prodiges serait obtenue non par la foi, mais par la vue. Il ne faudrait plus parler alors d'une évidence appartenant à un ordre supérieur, et nous n'aurions que faire de l'intuition morale. Ce ne serait plus avec l'œil nouveau et le cœur nouveau que nous percevrions la vérité religieuse; ce serait avec nos sens et notre intelligence, c'est-à-dire avec les organes inférieurs de la connaissance. Nous retomberions du domaine de l'invisible dans le domaine du visible et on ne pourrait plus, avec Clément, définir la foi, la vue de V Esprit par V Esprit, Nous ne saurions