LA FOI NON FONDEE SUR LE MIRACLE. Î
trop le répéter, la croyance fondée uniquement sur le miracle n'est pas plus religieuse et n'a pas plus de valeur morale que celle qui est fondée sur le raisonnement pur; on peut même dire qu'elle est d'un ordre inférieur, car si la vue de l'intelligence n'est pas encore l'intuition de l'âme, elle en est moins éloignée que la vue des sens à laquelle seule le prodige s'adresse. L'un et l'autre mode de certitude ne dépassent pas la sphère du visible, et l'apôtre Paul n'hésite pas à les mettre sur le même rang dans ces mots : « Les Juifs demandent des miracles et les Grecs cherchent la sagesse * . » Au reste nous ne sommes pas réduits sur ce point à des déductions logiques tirées avec plus ou moins de sûreté des principes généraux de l'Apologie de Clément; il a formulé sa pensée avec la précision la plus rigoureuse. « Heureux*, dit-il, en rappelant la parole de Jésus-Christ à Thomas, heureux ceux qui n'ont point vu et qui ont cru. Nous sommes ces enfants d'Israël qui se sont soumis, non à cause des miracles, mais parce qu'ils ont entendu la voix de Dieu ^.» Nous serions tenté de reprocher à Clément d'abonder trop exclusivement dans le sens de la preuve interne. Les principes généraux de son Apologie auraient dû le conduire à faire la part plus large aux autres preuves du christianisme, sans s'écarter en rien de sa méthode. En effet, nous l'avons vu reconnaître la légitimité de la dialectique, quand on réduit son rôle à ordonner et
MCor. 1, 12.
* Oi liLYj èià aY)[JLefa)v, Bt' àxoYJç Bà sôxsiôsTc. {Strom,, II, <, vi, 8 M.)