‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 4)Chapitre 135 sur 277 · LA VÉRITÉ PROPOSÉE A L'AME · texte numérisé non relu

LA VÉRITÉ PROPOSÉE A L'AME

des principes fondamentaux qu'il a posés, est très sommaire et n'exige point un grand appareil dialectique. Une fois qu'il est établi que la vérité religieuse est perçue par la foi, c'est-à-dire par l'intuition immédiate de Fâme, à quoi serviraient les longs raisonnements? Ce serait manquer de logique que d'en trop user, car ce serait pour Clément violer son propre principe et déserter sa méthode. Il ne s'agit donc pas tant de démontrer la vérité que de la montrer, de la proposer à l'âme et à la conscience, en faisant appel à l'élément di\in qui est en l'homme et en agissant sur sa volonté. La lumière jaillira en quelque sorte du contact entre le divin qui est en lui , et le divin qui est en dehors et audessus de lui; l'évidence résultera du rapprochement de la vérité intérieure, qui est à l'état fragmentaire, avec la vérité complète que l'Evangile lui présente. La certitude religieuse n'est en définitive que l'assentiment du Verbe au Verbe; c'est le Verbe qui se reconnaît lui-même en Jésus-Christ, mais dans sa plénitude et sa gloire. L'apologiste aura donc achevé sa tâche, dès qu'il aura mis en pleine lumière la figure du Rédempteur, dès qu'il aura établi qu'il était bien le désiré des nations, l'objet des aspirations universelles. S'il ressort de son plaidoyer simple et incisif que l'âme humaine, dans ses bons instincts , est faite pour lui et ne trouve qu'en lui la satisfaction de ses désirs les plus purs et les plus élevés, la démonstration sera invincible. Elle paraîtra telle du moins au cœur droit et bien disposé qui, loin d'aimer les ténèbres parce que ses Œuvres sont mauvaises et qu'il veut les cacher dans

lis LA PREUVE SGRIPTDRAIRE.

une profonde obscurité, se plaît dans la lumière. Ainsi la sagesse est justifiée par ses enfants, et ceux-là seul» arrivent à la vérité qui sont de la vérité, ou plutôt qui ont laissé la grâce raviver en eux cette divine parenté. Nous en convenons : il y a là un cercle vicieux, puisque la preuve n'est concluante que pour les hommes qui sont en quelque mesure convaincus d'avance; mais ce cercle vicieux est le christianisme tout entier. Ce n'est pas nous qui reprocherons à Clément de s'y être enfermé avec saint Paul et saint Jean, avec le Christ lui-même.

Il résulte de ces considérations que la tâche principale de l'apologiste consiste à mettre l'homme en face de la vérité; son plaidoyer sera tout simplement une affirmation puissante dont il demandera la confirma-^ tion au témoignage spontané et universel de la conscience humaine. Une fois les bases de son Apologie fermement posées. Clément n'a plus que deux choses à faire; il exposera d'abord la révélation, ou, pour mieux dire, il évoquera devant ses contemporains la personne vivante du Christ, puis il établira par l'histoire de l'ancien monde que c'est bien en lui qu'il devait trouver la réalisation de l'idéal religieux vainement poursuivi pendant tant de siècles.

Clément en appelle sans cesse aux saintes Ecritures, pour rendre évidente la vérité divine qu'il propose à l'acceptation des cœurs. Ce n'est pas qu'il cite les adversaires du christianisme à un tribunal dont ils n'ont pas reconnu la compétence; il ne vient pas dire au Grec qui ne croit pas au livre de Dieu : Incline-toi

LE CHRIST CONDUIT AUX ÉCRITURES. Si9

deTant ces pages ins[)irées. Il ue lui dit pas d'un ton d*oracle : 11 est écrit! Il ne cherche pas da\auta(i:e à lui arracher une soumission implicite en s'appu} aut sur le caractère miraculeux des Ecritures, sur la réalisation des prophéties ou sur les prodiges accomplis par les tateurs inspirés : ce serait transporter la certitude de la haute sphère de Finvisible dans le domaine inférieur du yisible; ce serait abandonner Fintuition morale, et ne plus faire de la conviction un acte d'obéissance et d'abandon à Dieu. Ces preuves peuvent entraîner l'esprit, et encore n'ont-elles rien de décisif pour lui, grûce à la fertilité de ses sophismes et à la souplesse avec laquelle il se dérobe à l'argumentation. En tout cas, elles n'entraînent pas le cœur; elles produiront parfois une froide conviction ; elles n'enfanteront jamais la certitude. On croit à la Bible de la même manière dont on croit au Dieu qui parle par elle ; il faut donc saisir par rintuition morale l'élément divin qui éclate dans ses pages saintes. Teile est bien la pensée de Clément en ce qui concerne la preuve scripturaire. Les premiers principes, il ne se lasse pas de le répéter, sont au-dessus du Tiisonnement; ils se perçoivent par Fintuition immédiate ou la foi. Or, le premier principe de la vérité religieuse, c'est le Verbe parlant par ses prophètes, ses Evangiles et ses saints apôtres. La parole divine dans TEcriture doit donc être mise au rang de ces premiers principes qui sont au-dessos de la démonstration ft auiqaels on arrive immédiatement; l'âme croit en elle d'élan et d^mstiDctr comme elle croit ao Verbe, dont les liwes sacrés expriment les pensées, et font entendre eo

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quelque sorte la voix bienfaisante * . En d'autres termes, les Ecritures ne conduisent pas au Christ, mais le Christ conduit aux Ecritures. C'est parce qu'il parle en elles et que nous reconnaissons son doux accent, qu'elles sont investies pour nous de l'autorité la plus haute et qu'elles deviennent notre critère universel. Celui qui par le sens intime a entendu la voix de Dieu dans ces pages saintes, celui-là croit en elles d'une foi solide et que rien ne peut renverser^. Qu'y a-t-il donc à faire pour convaincre l'homme de la divinité des Ecritures? Il n'y a qu'à les ouvrir sous ses yeux; les cœurs purs y verront Dieu. Aucune des citations empruntées par Clément aux livres saints n'est invoquée par lui comme un oracle qui met fin à tout débat avec les incrédules. Il veut, en quelque sorte, essayer la puissance du saint livre sur le cœur de ses adversaires, et il fait retentir à leurs oreilles ces paroles sacrées, « dépourvues de vains ornements, d'une beauté tout intérieure, incapables de nous flatter, mais qui relèvent l'homme étouffé par le péché, guérissent ses maladies d'un seul mot souverain, et le poussent vers le salut qui lui est proposé '. » L'apologiste cite avec prédilection les préceptes évangéliques qui élèvent si haut à nos yeux l'idéal moral, parce qu'il est sûr d'avance que la conscience donnera son

^wpoçr^TÛv Sia T£ Tou eùaYYsXiou xal 8ià tûv [Àaxapiwv àT:oŒT6X(»)v. {Strom,, VII, c. ivi^ § 95.)

« '0 -rcicxeuaaç toivjv Tatç -^pa^aXq àzéBetÇiv àvavTtpfiQTOv tïîv TOU Tàç '^pOL<fàq SeSwpyjiJLévou çtov^v Xa^xSavei Oeoû. (/^., II, c. ii, § 9.)

8 M(a y.at vf^ aorfi (poDVYj iroXXà ôepaTCeuouaat. {Prolrept., VIII, 77.)

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