‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 4)Chapitre 142 sur 277 · LA PRÉPARATION ÉVANGÉLIQUE DANS LE PAGANISME · texte numérisé non relu

LA PRÉPARATION ÉVANGÉLIQUE DANS LE PAGANISME

nations. S'il se trouve que Thumanité, prise dans son ensemble, .a entrevu, poursuivi, demandé précisément ce que la révélation lui donne, ce sera une preuve irrécusable que FEvangile est réellement la vérité, cette vérité dont le pressentiment ou le germe est originairement dans la conscience. Profondément convaincu que Dieu, selon une de ses expressions favorites, aime non pas seulement une fraction de Thumanité, mais la nature humaine en soi, Clément se plaisait à suivre les progrès de la préparation évangélique au sein du paganisme. Ce n'est pas qu'il mette sur la même ligne le judaïsme et l'hellénisme. Nous l'avons vu dans sa polémique contre les philosophes humilier la Grèce devant les nations qu'elle traitait de barbares, l'accuser même de plagiat, et rapporter à des influences étrangères les meilleurs fruits de sa civilisation. D'un autre côté, il admet un développement spontané de la conscience chez les nations païennes, tout en maintenant toujours la supériorité du peuple, qui au lieu de philosophes a eu des prophètes et auquel a été confiée la garde des oracles divins ' . Clément n'a pas en l'occasion de discuter avec les juifs, aussi s'en occupet-il fort peu. Il est l'apologiste des gentils, l'apôtre de la Grèce cultivée, et il plaide la cause du Christ devant un aréopage idéal où siègent comme juges tous les grands philosophes de l'antiquité. Il parle leur langue, il les prend au point de développement moral et religieux où il les trouve pour les amener à la vérité

^ Voir les passages déjà cités dans le premier livre des Stromates, sortoat le chapitre XV.

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complète. Aassi s*occupe-t-il bien plas de la préparation évangélique dans le paganisme qne de la pn^ phétie hébraïque, pour laquelle il n'a pas cessé de manifester le plus grand respect. Il a rendu par une belle image cette double idée de la mission préparatoire de la philosophie grecque et de son infériorité vis-à-vis de la révélation hébraïque. « De même, dit il, que rhuUe sainte coulait de la barbe d'Aaron jusque sur le bord de ses vêtements, de même Tonction divine de la vérité que le Verbe, notre pontife éternel , versa tout d'abord sur le peuple élu, se répand jusque sur la philosophie des Hellènes; celle-ci est sans doute bien plus éloignée de lui que la prophétie, mais elle lui appartient dans tous ses éléments de vérité. Comment douter qu'elle ne réponde à ses desseins^ puisqu'elle contribue à préparer son règne, à la condition toutefois qu'elle ne rougisse pas de demander à la sagesse d'un peuple barbare de la conduire à la vérité ? » L'aptitude philosophique, comme toutes les aptitudes de l'esprit humain, est un don de Dieu, accordé par un elBfet spécial de sa providence^. Celui qui a fait les prophètes est aussi celui qui a fait les philosophes; sa sagesse miséricordieuse se manifeste par des voies infiniment diverses, mais qui toutes tendent au salut de l'homme'. Tout ce que les arts renferment de

^tXojoçfa 8à TCWç oux èv Xéyw ; [Strom., VI, c. xvii, § 153.) * E^ouat Tt cty,sïov çuaeo); i^i(ù[K% ot (io<pol ty) Siavoia, Xa[jL6d-

c. IV, § 26.)

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