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termine son exhortation aux Grecs. Ses idées favorites s'y retrouvent avec une abondance quelque peu confuse, mais revêtues d'une ardente éloquence qui est inspirée par la plus pure charité. Semblable à un général qui veut porter un coup décisif, il ramasse en quelque sorte toutes ses forces dans cette péroraison, et y répand à la fois toute son âme et toute sa pensée, tout ce qu'il sait, tout ce qu'il croit, tout ce qu'il sent. Sa science, sa dialectique, son imagination érudite s'y donnent libre carrière. Il s'est fait entièrement Grec pour les Grecs, et c'est à leurs mythes qu'il emprunte , sinon ses arguments , au moins la forme parfois étrange qu'il leur donne. Essayons de présenter un aperçu de ces pages émues qui renferment les conclusions de ce beau plaidoyer de Clément en faveur du christianisme.
Deux grands obstacles empêchent les Grecs d'arriver à la foi : c'est la coutume et la volupté. Clément les presse de les fouler aux pieds l'un et l'autre. « Nous ne voulons pas , dites-vous , changer les traditions de nos pères. Mais alors que ne vous nourrissez-vous encore du lait qu'une nourrice vous offrit dans votre tendre enfance? De quel droit secouer les langes du berceau? » Il faut donc abjurer cette misérable coutume, mortelle ennemie de la piété, qui mêle le poison de l'erreur à votre sang. Remontez de la tradition de vos pères selon la chair à une tradition plus antique et plus vénérable, à celle de votre Père céleste*. Cette
1 Tbv SvTox; Svra -juaiépa èwiÇ'iQTi^aoïJLev, (Protrept.y X, 89.)
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coutume, qu'invoquent les Grecs, se réduit en définitive à de honteuses voluptés qu'ils ne veulent pas abandonner, sirènes impures qui essayent par leurs chants de détourner l'homme de sa vraie patrie. Poisset-il fuir comme Ulysse ces îles maudites où tant de malheureux ont brisé leur barque. Que l'on plonge son regard dans ces eaux bleues et calmes ; on discernera des cadavres et des ossements *. Imitez le sage roi d'Ithaque , aspirez comme lui à revenir au lieu de votre origine. Pour lui, il aspirait, nous dit Homère, à retrouver la fumée du toit de ses pères , image de la vanité des espérances humaines si promptes à s'évanouir ; pour nous , nous aspirons à la vraie et immortelle patrie de nos âmes; là nous serons rendus semblables à Dieu! « Ecoutez donc, ô vous qui êtes loin, ô vous qui êtes près. Le Verbe ne se dérobe à personne, il est la lumière de tous les hommes. Hâtonsnous vers le salut, vers le renouvellement complet, tendons en faisant le bien à cette grande union de l'amour qui réalise l'unité conforme à la nature divine... L'union qui résulte de l'accord de toutes les voix et de toutes les diversités harmonisées par Dieu lui-même, forme une symphonie parfaite dont le Verbe est le chorége ^. Dans ce triomphe de la vérité, on n'entend qu'un seul accent, et cet accent est : Abba, c'est-à-dire Père. » Une telle harmonie n'ôtera-t-elle pas tout charme au chant des sirènes? Ou plutôt la vérité divine ne de-
» Protrept., Xl\,i\S.
* Mia YivsTai aufJL^wv^a. (Id., 1X^88.)
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Tiendra -t-elle pas elle-même une sirène sacrée pour nous attirer vers le ciel?
Malheureusement Thomme se montre d* autant plus ennemi de Dieu que Dieu se montre davantage ami de rhomme. Il veut affranchir l'esclave du péché et en faire son fils; mais Tesclave dédaigne son adoption. 0 folie incomparable ! Vous avez honte du Tout-Puissant* ! Il vous annonce la liberté et vous embrassez la servitude; il vous offre la vie éternelle et vous préférez la condamnation. « Ce salut est à vous, si vous le voulez. On l'achète avec l'amour et la foi ; payez-le son prix^. Comment ne seriez -vous pas touchés par ces compassions divines? Tel on voit l'oiseau voler au-dessus de sa couvée qui tombe du nid, tel le Dieu très haut soutient le vol de votre âme. L'oiseau voltige en gémissant, quand un serpent malfaisant menace ses petits. Dieu fait plus; il poursuit notre ennemi et il guérit nos blessures, et il nous excite doucement à rentrer dans le nid paternel '.
« Le bœuf connaît son maître, l'âne son étable; mais mon peuple est sans intelligence, » a dit le Seigneur. Et. cependant il oublie l'outrage, il a pitié, il appelle le repentir*. Pourquoi transporter notre hommage du roi au tyran, et marcher vers l'abîme quand nous pouvons être citoyens du ciel, cultiver le paradis comme Adam, parcourir les régions bienheureuses et boire la vie
* Tbv x6ptov àTCatŒ)^uv£a6e. {Protrept,, IX, 88.)
« Id,, IX, 86.
» Tbv vsoTcbv aoOt; àvaXa[Jt.6avet iiA t^ xaXtàv àvairn^vai icot-
popjAÛv. (/</., X,9l.)
» "Ext èXeeî. {Jd., X, 92.)