‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 4)Chapitre 150 sur 277 · RÉFUTATION DIRECTE DU PAGANISME · texte numérisé non relu

RÉFUTATION DIRECTE DU PAGANISME

base de Tidolâtrie la plus abjecte comme au fond de la spéculation la plus savante et la plus subtile. Qu'il apparût sous une forme grossière ou sous les voiles d'une philosophie grandiose, le plus redoutable ennemi de la vérité chrétienne était toujours le naturalisme.

Après avoir répondu à ces objections préliminai* res, r apologiste passe à la réfutation directe du paganisme^ sans jamais sortir du calme qui convient au défenseur d'une religion dont le dernier mot est la charité. La philosophie païenne s'attaquait aux chrétiens avant de s'attaquer à leur doctrine; elle les accablait de ses railleries et les poursuivait de ses calomnies. La première tâche d'Origène sera donc de détourner les unes et les autres avec force et dignité. Yous abandonnezles coutumes nationales, leur disait-on tout d'abord. Vous méprisez ce qu'il y a de plus sacré dans la patrie. Vous êtes de dangereux novateurs qui foulez aux pieds les lois nationales. Ces lois, répond Origène, peuvent être contraires à la morale éternelle. S'il faut se conformer à elles en tout état de cause, nous serons obligés d'approuver les parricides des Scythes et les incestes des Perses. La piété n'aura rien d'essentiel, mais sera une institution arbitraire et accidentelle * . « Chez les uns le crocodile est adoré, tandis que les autres le mangent sans scrupule ; d'autres trouvent bon d'adorer le lion, ailleurs c'est le bouc qui est l'objet du culte. Ainsi la piété d'un peuple devient

* "Eorat xai' auTbv ou çùcct to catov, àWi Tivt Oécci y,at vojiLiGet OsTov. {Contra Qels., V, 27.)

DROIT DE CHANGER LES MAUVAISES COUTUMES. 3t3

rimpiété d'un autre peuple. C'est le comble de l'absurdité. » Si la religion se modifie de la sorte en passant d'un pays à un autre, pourquoi la morale ne subiraitelle pas des modifications semblables? Pourquoi d'une frontière à l'autre le courage ne deviendrait- il pas lâcheté et la tempérance intempérance * ? Le respect absolu pour les coutumes nationales ne serait exigible qoe si chaque peuple était vraiment constitué par Dieu, dans tout l'ensemble de son organisation, mais il n'en est rien. La dispersion des nations a été tout d'abord un dàtiment, et elle est devenue une cause fatale d'ignorance en éloignant les peuples de la source de la vérité, de cet Orient spirituel dont l'Orient asiatique d'où le loleil nous vient chaque matin est le brillant symbole^. Les mauvaises lois viennent des mauvais anges, et notre premier devoir est de briser ce joug impie. Le nouveau peaple de Dieu n'est pas d'ailleurs sans passé, sans chef et sans lois. Si l'on demande aux chrétiens d'où ils Tiennent, ils peuvent répondre : De la montagne de Son, du haut de laquelle l'antique prophétie a fait entendre les oracles qui annoncèrent l'économie évaugéfique. Si on leur demande où ils vont, ils répondront : A cette montagne de l'Eternel, qui d'après les oracles ttcrés doit être placée au-dessus de toutes les autres, ■Ame au-dessus de la montagne prophétique, à cette Jémsalem d*en haut, à cette cité du Dieu vivant qui e^t fEglise. « Cette maison divine doit être â desaos de la coUine, c'est-à-dire de tout ce qui

I 1 CoHira Ceis., V, Î7, Î8. « M., V, ZQ.

3U BEAUTÉ DU CULTE GHRÉTïKNe

en sagesse et en vérité aux yeux des hommes. Nous Tenons à cette maison sainte après avoir été rassemblés de toutes les nations, et nous nous exhortons mutuellement à embrasser la religion divine qui a été révélée dans les derniers temps par Jésus-Christ. Nous nous disons les uns aux autres : Venez, montons à la mon* tagne de TEternel et à la maison du Dieu de Jacob, et il nous enseignera sa voie et nous y marcherons. Notre chef est Jésus-Christ et nous venons sous son étendard pour changer nos épées en socs et nos lances en faux. Nous ne porterons plus la guerre à aucun peuple, nous sommes devenus les enfants de la paix par Jésus , et pour ce général nous avons abandonné les coutumes de nos pères. S'il est sorti du milieu des Juifs, c'est pour paître de sa parole le monde entier *. »

Après avoir noblement vengé les chrétiens du re* proche de substituer Tanarchie à Tordre antique sur lequel reposaient la religion et TEtat, Origène passe en revue les innovations de leur culte pour les justifier. Il en relève la spiritualité et reconnaît hautement que TEglise n'a ni sanctuaire, ni autels, ni images, mais qu'elle rend au Dieu qui est esprit un culte essentiellement spirituel. L'Eglise n'a d'autre autel que l'àme chrétienne, et ne brûle d'autre encens que celui de la prière. Les statues qui sont dignes de Dieu ne sont pas celles qui sortent des ateliers des statuaires, mais celles que le Verbe sculpte en nous ; ce sont les

1 Contra Cels,, V, 3g.

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