SA SUPERIORITE SUR LA PHILOSOPHIE
rEvangile, inaccessible pour le grand nombre ; nous les inyitons à recevoir des chrétiens la philosophie enseignée par le Christ, les apôtres et les prophètes. » Que Ton se garde d'exagérer la valeur des maîtres qui ont précédé le Maître divin, et de nous les présenter comme des médecins habiles auxquels succéderait un empirique ignorant. En effet, si nous ne considérons plus simplement la philosophie d'une manière générale, comme une science qui communique des connaissances positives et exerce utilement Tesprit à la méditation; si nouis la prenons dans les principaux systèmes qu'elle a élaborés, nous devons reconnaître qu'elle a fourni à l'humanité de pauvres médecins, et qu'il est urgent de leur retirer les malades qu'ils ne guérissent jamais. N'est-ce pas rendre service à l'homme que de l'arracher à la philosophie d'Epicure qui nie les dieux ^ à la philosophie péripatéticienne qui rompt tout lien entre la créature et la Divinité , et relègue la foi à la Providence parmi les superstitions? N'est-ce pas lui être secourable que de le soustraire à ce fier stoïcisme qui n'a rien su inventer de mieux qu'un dieu matériel, et aux vaines rêveries de la métempsycose enseignées par le disciple de Pythagore? En agissant ainsi, nous n'enlevons pas le malade à ses vrais médecins; nous le guérissons, au contraire, des blessures que lui a faites une philosophie trompeuse *. Qu'on cesse donc de prodiguer l'outrage
dncaXXÎ(jQro(ji.ev toùç icstôofjiévouç TJfJiTv. (Contra Cels,, III, 75.)
336 SA SniPUCaTÉ CHARITABLE,
aux défenseurs du christianisme ! G*est en yain qu*on les compare à des hommes iirres qui youdraient entraîner les autres hommes dans leur ivresse, ou à des aveugles qui voudraient que personne ne vit clair à côté d'eux. L'homme ivre, ce n'est pas le chrétien; c'est l'adorateur de la matière enivré d'impudicité dans les temples de ses dieux ; l'aveugle, c'est celui qui, eu iace des œuvres grandes et belles de la création, ne sait pas reconnaître leur auteur pour l'admirer et Fa* dorer * . L'incurable faiblesse des philosophes tient à ce qu'ils se donnent eux-mêmes comme les objets de la croyance; ils sont faibles et ignorants comme nous tous, et pourtant chacun d'eux nous dit : Croyez en moi^. fc Pour nous, nous disons : Attachez - vous au Dieu souverain et au Maître parfait qui se révèle en Jésus-Christ. Nul de nous n'est assez insensé pour dire à ceux qu'il enseigne : « Je vous sauverai seul. >» On voit donc qu'entre le christianisme et la sagesse antique il y a toute la différence qui existe entre une philosophie et une religion.
Ces dernières considérations appartiennent déjà à l'apologie positive. Origène, qui a écarté toutes les accusations dont on accablait les représentants de la religion nouvelle, entreprend maintenant la défense directe de l'Evangile. La philosophie païenne reprochait h l'enseignement chrétien sa forme qu'elle trouvait méprisable, sa méthode qui lui semblait violer toutes les lois de la raison, et sa doctrine qu'elle taxait de folie.
* Confra Cels,, V, 77.
« OôSe To i\Lo\ Tupocé^STe, x^v îiôâEoxwfJisv, fajiiv. {Id», V, 7«.)