ÉLÉMENT DIVIN DANS L'ANCIEN MONDE
cité, a enflammé d'ardeur ceux qui l'ont lue avec bonne foi; elle est l'huile sainte qui nourrit, dans leur cœur, la lumière que les cinq vierges sages de la parabole conservent dans leur lampe * . »
On ne saurait trop acjmirer, chez Origène, la modération d'une pensée qui sait se retenir à temps sur sa propre pente , et la juste mesure qu'il garde dans sa polémique. C'est ainsi qu'il ne se laisse pas entraîner à envelopper toute la culture antique dans un anathème sans restriction. Satisfait d'avoir établi l'originalité et la nouveauté de la religion du Christ, il se plaît à reconnaître qu'elle a trouvé des pierres d'attente dans l'ancien monde, et, ces pierres d'attente, il ne les voit pas seulement dans les écoles des philosophes, mais jusque dans les temples souillés du paganisme. Il n'y ayait rien à ajouter à ce que Clément avait si bien dit sur la haute mission de la philosophie grecque. Origène reconnaît explicitement que tous les éléments de vérité qu'elle renferme lui Tiennent de la grâce divine^. Mais il va plus loin; il demande aux mythes les plus absurdes de lui révéler, au travers de leur égarement, les aspirations de la conscience humaine. Il voit, dans les fables nombreuses qui roulent sur la naissance miraculeuse des héros ou des sages les plus éminents, un pressentiment vague de l'incarnation. «On pensait, dit-il, que l'on devait rapporter à un enfantement merveilleux
« Contra Cels,, VI, 5.
« *0 6£6ç Y^p aÛTOÎç xauTa >tal ^aa xaXûç XéXexiai èçavspwac,
(/rf., VI, 3.)
^42 ÉtêiiÈ*T inVttr dans VkUtsm JroiftË.
la îlaissàildë dé rhomme qili Tëtnlibi'tait Mi^ toUs lëd atiti*es pai* là feàgessè ou lA puissdttce * . *»
tes mêmes idées Soiit elpriitiéesj avec une gfâhde poésie, dans son commentaire sûr le (JànM^é des câlltiques. la âilkmifli figoté à ses fehx Uhtôt H ilation ciidisie dé DiéU, tâûtôt le t)aganisme^ ear rame humaine n^a cessé de sôupirët* en toiit liétt tlprës la pieiiie comltiunicsltioii du Vetle. L'humaUitê {nafeiiiie a reçu les gages de Tamouif céleste daus la M nàtu-^ réîîe gratéé datis la cdUScJietice, dans le donÉoyàlde là liberté et dans éeû vérités iritoiùplèfes que lui ont apportées ses législateurs et ses philosophes, lUessâ^ gérs et prôpiiéteë du VeAe , aU seiîl d'Uûe jc^tofoûde obscurité ^. C'est elle qd est cette fille de là Aoutagne, noire comme les tentes de Sédar, et poùrtafit belle entre les feînmes; elle est ehcore cette reine de Sèêbà vehaiit des eîti*émités de la terre potii' contertif)le<' lé roi pacifique qUe la Judée a possédé ^ Elle ne lui apporte rien qu'un ardent désii* de le conteinplef et de Técouter, rien qu'Un cœUf qui l'appelle, rien qu^Uiie brûlante aspiration , rien qu'un soupir et uU gémissement. « C'est toi que je veux entendre et toir, » s'éerie-^ t-elle. Mais î)ieti demande-t-il autre chose que ce 9oU-
* Cofiira Cels,, l, 37.
^ « Sicut etûm ecclesisB dos fuit leg^s et prophetarum yolumina, ita huic lex naturae et rationalis sensus ac iibertas arbitrii dotâlia muneh deputentur. Hdbens ailtem hseo dotis suffi ffluiiei*a, 6it ei prlnuë eradi' tionis doctrina a monitoribus doctoribus descendens. » (In cantic, lib. 1. Opéra, III, 37.)
' « Nigra sum, pro eo quod non descendo dé stirpe daroHitn vii'orum... Venlt ergo et hœc eôcleSia ex gentibus audire sapiefitiani Salomonis veri. » [Id., p, 46, 47.)
ÉLÉMENT DIVm DAN9 L'AKCItfiM MONDE. 3^9
pir et ee gémissement? Qui done avait trouble^ ati sein de sa gloire) la reine briliailte^ image fidèle iâ |)aga-' msmé dans ses jours de jeunesse lét de forée? Q^ dôné rayait jpôussée à cherehel* le Dieu iîidbnnti^ repdtit mystérieux pour lequel elle était iaite? Oflgëàe iiouë le dit liiirmémé : ^ NotiB affirmons que la nature hùmèdnë ne peut toute seule^ isans le seeôùrà de Celui qu^dle dieriche, lé cbéfchet ott le trbbTër; DeibàildëÉ-lë fa cëtii qtoi Font t^ûté ; ils tDiis diront ttU'àpi»è^ âf oii^ fait ce qil*Us pdtiVaiënt ]?mt le bonnàtti^é, il à falltt (|ti'tl se dé^ ToUât à ëtti selon soii bon plaiâir poù^ qù^il lebi" f6t: connu autant que cela est pdésible à TUdmitië dans éa condition Corporelle * • « N'y a«-t41 pâà, daîis cëS môtt, le déreldppement anticipé dé ëëtté grande pai'olè Que Paneal ei*d]fait entendi^ë de la bbuébë méine de Jëiiuà^ Ghfist i Tu ne mé cherchefàis pàè^ si tn ^é m'àvàii déjà trmivéi Origèbë s'ést cdnlëUté de ce§ tues génëtaiëd §dt* la préparation ati ëein de raiiëiëil îhondë; la tdëhe dé ses successeurs eût été de les dëtëlbppei* et dé ië§ cdtifirmëi" pal" unë laï*^ë étude desi in;^thdlbgies, mâi& il ëÙt fallu pdu^ cela qùë sdn école bë fbt pas si tôt dispetëéë et que le courant de sa ndble pëbëéë be §ë fût pai$ pël^du si tôt sdtts le IdUrd amas des traditidbs ëcûléëiastiquës, poùf ne l*ëpat*aitl*e que bieb des àiééleS pluii làtd. L'hti* manité est la fîanëéë du Vëfbe; elle Ta ëhéi^ëhé pat tous se» efforts et appelé pal* tdùtes Seë irolx : tel èât le rêsnme de ëette partie de Tapologië d'Origënë.
Tbv Osbv, xat c6p£Ïv aÔTOV y.aOapa)ç, [ùi PorjSr^Seïaa &xb tou Ç*^- TOUjAévoo. [Contra Cels. y VII, 42.)
344 DEFENSE DU THEISME.
Le désiré des nations est enfin yenu. Ce grand fait doit maintenant être établi yictorieusement contre toute objection. Il n'est pas nne seule de ces objections qui ne procède du panthéisme païen ; ni la création, ni la chute, ni la rédemption ne se conçoivent du moment que Ton nie la liberté en Dieu et en rhomme; il n'y a plus de drame, plus de combat, mais simplement une succession de faits inévitables enchaînés par la loi de la nécessité. Il faut donc, avant tout, mettre hors de cause le principe de liberté; toute argumentation qui ne commence pas par là manque de sérieux et ne saurait aboutir.
Déjà, dans sa défense du monothéisme juif contre les attaques du panthéisme païen, Origène avait éta^ bli fermement l'idée d'un Dieu libre et personnel, créateur et maître souverain du monde. Il renverse maintenant, par une argumentation serrée, l'hypothèse si chère à l'ancienne philosophie d'une longue chaîne de divinités inférieures qui, sous le nom de démons, feraient descendre la vie divine par des émanations graduées du Dieu esprit jusqu'aux créatures inférieures, et combleraient ainsi l'abîme entre le monde spirituel et le monde matériel ^ Malheureusement il . ne s'explique pas nettement sur l'origine de la matière, parce que lui-même n'est pas fixé sur ce point et qu'il subit encore à quelque degré l'influence du platonisme. Mais il ne repousse pas moins toute identification entre l'élément matériel et le mal ; il maintient
1 Contra Cels., VIII, 1-16.