LE CULTE DE GYBÈLE
faisait graver sur sa tombe des inscriptions comme celle-ci : In œternum renatus*. On le Toit, la parodie du christianisme était complète. Mais s'il est facile de reproduire ses formes, il ne Test pas de lui dérober sa puissance, et les sectateurs les plus intelligents de Mithra durent comprendre qu'ils ne parvenaient à réaliser qu'un vain simulacre de la religion réparatrice et qu'ils ne l'avaient pas rendue inutile à l'humanité en la remplaçant. Ce sentiment d'une défaite certaine alluma sans doute plus d'une haine meurtrière contre l'Eglise.
Les épreuves di£Sciles auxquelles les mystères d'Isis et de Mithra soumettaient leurs initiés écartaient un grand nombre d'hommes. Tous ceux qui ne se résignaient ni aux dépenses, ni aux fatigues de l'initiation, et qui cependant éprouvaient les aspirations de leur temps tout en en partageant les vices, se rattachaient au culte de la grande Mère. Cybèle était une divinité identique à Isis et à la Diane d'Ephèse; c'était la déesse féminine de l'Asie, le trop fidèle symbole d'une nature voluptueuse et cruelle; son culte unissait la mort et le plaisir, ses rites étaient à la fois infâmes et sanglants. Le culte de Cybèle, vers la fin de la république romaine, s'était répandu dans le monde entier; il ne fit que se développer dans le cours du second et du troisième siècle. On y retrouvait en effet, sous une forme grossière, les mêmes idées qui donnaient tant d'attrait aux mystères d'Isis et de Mithra. Le mythe
* Orelli, p. 409.
FRÉNÉSffi DES PRÊTRES DE LA GRANDE MERE. 24
d'Aty S et d'Adonis, du jeune amant de la grande Déesse tantôt affreusement mutilé, tantôt blessé à mort par le sanglier pour renaître plus beau et plus brillant, type gracieux du printemps qui secoue le linceul de l'hiver, avait fourni la pensée rudimentaire qui s'était développée en. symbole ingénieux dans les doctrines secrètes des cultes égyptiens et orientaux. Ce mythe symbolisait aussi la fécondité de la mort et rien n'empêchait d'appliquer à la destinée de l'homme les images constantes qui n'avaient d'abord figuré que les changements de la nature. La légende d'Aty s et d'Adonis pouvait aussi bien représenter le renouvellement de l'être humain dans la mort que la résurrection de la nature après l'hiver au souffle du printemps. Seulement, la croyance à l'immortalité demeura toujours confuse sous l'enveloppe d'une mythologie grossière et impure. Ce fut cependant par ce côté à peine entrevu , que le culte de la grande Mère obtint la Yogue incomparable dont il jouit; On sait que les rites destinés à symboliser la succession de la mort et de la vie qui, dans les grands mystères, s'accomplissaient au fond des retraites les plus cachées, devant les seuls initiés, se pratiquaient au grand jour dans le culte de Cybèle; ses prêtres se mutilaient et se blessaient en l'honneur de l'amant infortuné de leur déesse. Dès que leur sang avait coulé, leur fureur ne connaissait aucun frein pas plus que l'enthousiasme populaire qui lui répondait. Vêtus de vêtements de femme , afin de s'identifier le plus possible à leur divinité^ ils se livraient à la plus hideuse bacchanale.