RÉFUTATION DES CALOMNIES PAÏENNES
yilft animaux offerts à Fadoration des peuples? Les yraies écoles d'impudicité, ce sont les temples où des divinités infâmes et incestueuses donnent les leçons du crime, si bien qu'il suffit de les imiter pour être flétri de toutes les souillures. On accuse les chrétiens d'adorer un homme, mais que font donc les courtisans de la puissance avec leurs scandaleuses apothéoses des Césars? C'est aux païens qu'il faut renvoyer le reproche d'adorer un morceau de bois, car l'Eglise ne rend pas un culte à son sanglant et glorieux étendard, tandis que les aigles et les enseignes des armées romaines ont été divinisées. Ce sont encore les païens qui immolent les enfants en les exposant sans pitié sur la voie publique ; et que font-ils autre chose dans les cirques où le sang coule à flots que de sacrifier des victimes humaines * ? « Nous ne sommes pas de la lie du peuple, par le seul fait que nous repoussons vos honneurs et votre pompe ; notre amour du vrai bien et notre tranquillité, qui ne se dément pas plus quand nous sommes réunis que quand nous sommes seuls, ne sont pas les signes ordinaires d'un esprit factieux. Vous qui par honte ou par crainte nous fermez la bouche en public, de quel droit nous accuser de ne savoir parler qu'en cachette? L'accroissement de notre nombre n'est pas un signe d'erreur, mais un témoignage glorieux. Une vie aussi pure que la nôtre retient les adhérents et les augmente. Nous ne nous distinguons par aucun signe extérieur, mais par notre innocence et notre mo-
^ Octavius, c. XXYDI-XXXL
RÉFUTATION DU SCEPTiaWE. 374
destie. Incapables de haïr, nous nous aimons d'un ma-» tuel amour; voilà ce qui voiis irrite ^ Bien que cela tous indigne, nous nous appelons frères comme enfants du même Dieu, associés par la même foi et héritiers de la mênie espérance. » « Comparée les chrétiens avec vous ' antres, dit-il ailleurs. Quand Vdus rencontrez parmi nous des hommes inconséquents^ combien cependant ne r emportent-ils pas sur tous! Yous interdises Fadultère et vous lé pratiquez; pour nous, nous sauve^ gardons scrupuleusement la fidélité conjugale. Tous punissez le crime une fois commis; nous en con« damnons la seule pensée. Yous craignez des témoins, nous craignons bien plus notre seule conscience qui nous suit partout. Enfin vos débordements remplis* sent les prisons ; les nôtres n'y vont que pour leur foi ou bien après qu'ils Font abjurée. »
Minutius Félix écarte Taccusation d'athéisme, en faisant admirer la haute spiritualité du culte nouveau. Pour en finir avec cet ordre d'objections, il montre que si le chrétien a rejeté toutes les pratiques païennes concernant les sacrifices et les funérailles, il n'a pas pour cela renoncé à la vraie nature, mais qu'au con^ traire il lui montre un bien plus grand respect par cette sage abstention. « S'imaginerait-on que nous mé^ prisons les fleurs du printemps? ne cueillons-nous pas la rose de mai, ainsi que toutes les autres fleurs au doux éclat et au doux parfum? Nous n'entourons pas la tombe de nos proches de couronnes qui se
1 « Sic mutuo^ quod dolelis^ amare diligimuS; quoniam odisse non novimus. » {Odav,, c. XXXI.)