BEAUTÉ DE LA CRÉATION
qui n'emporte pas une irrésistible conviction, comme la preuve morale. Il trace un tableau poétique et animé de la création ; il en fait admirer la belle et harmo» j nieuse ordonnance. Les alternatives si sagement ré- \ glées du jour et de la nuit, la succession des saisons, le printemps avec ses fleurs, l'été avec ses moissons, Tautomne avec ses fruits et Thiver avec ses olives; la mer rompant son flot puissant aux limites qu'elle ne doit pas franchir et obéissant à une loi écrite sur le sable de ses rives; la structure merveilleuse de ranimai et surtout la beauté, la noblesse de la forme de rhomme et les merveilles de son développement ; tout dans l'univers démontre qu'une intelligence supérieure l'a créé et le gouverne ^ « Si en entrant dans une maison vous trouvez que tout est à sa place, orné et décoré avec soin, vous en concluez qu'un maître bien supérieur à tout ce que vous y avez vu a présidé à ces arrangements. C'est ainsi que dans cette maison du monde, en contemplant le ciel et la terre et l'empreinte visible d'une providence qui a tout ordonné d'après des lois déterminées, je ne puis douter qu'il n'y ait un maître et un créateur de l'univers dont la beauté efface tout ce qui compose son œuvre et les astres euxmêmes ^. » Après avoir démontré l'unité de Dieu par l'unité de la création, Minutius Félix parle avec éloquence du mystère de son être : « On ne peut le voir, il est trop éclatant pour nos yeux; on ne peut le saisir, il est trop pur pour nos mains; on ne peut se le repré-
i Octav., c. XVII, XVIII. « Id,, c. XVHl
DIEU EST INEFFABÏJS. 3T7
senter, il est trop grand pour nos sens * . Infini, immense, il suffit seul à se connaître lui-même. Notre cœur est trop étroit pour Tembrasser, et la seule manière de penser de lui comme il conyient, c'est de dire qu'il est incompréhensible. De quelque nom que je le nomme, je le diminue. Qui ne yeut pas le diminuer renonce à le comprendre. Ne lui cherchez pas d'autre nom que celui de Dieu. Les noms sont nécessaires quand il faut distinguer une multitude d'êtres par des appellations particulières. Dieu est seul, et ce nom unique de Dieu embrasse tout. Si je rappelle père, j'en donne une idée terrestre; si je l'appelle roi, son règne semblera matériel; si je l'inyoque comme Seigneur, on croira yoir un souyerain mortel. Laissez toutes ces appellations, et yous yerrez briller sa lumière. N'ayonsnous pas pour nous sur ce point le consentement uniyersel ^? Quand l'homme du peuple lèye ses mains au ciel, il ne murmure d'autre nom que celui de Dieu. Dieu est grande Dieu est vrai, si cela plaît à Dieu; tel est son langage naturel, ne serait-ce pas aussi la prière du chrétien? Ceux qui font de Jupiter le dieu souyerain ne se trompent que de nom, mais ils sont d'accord ayec nous sur l'unité de la puissance. »
Ces derniers mots prouyent que Minutius Félix reconnaissait même dans le grossier paganisme populaire un rayon de la yérité religieuse , semblable au lumi-
> oHic nec 'videri potest, visu clarior est; nec comprehendi potest) tacta purior est; nec aestimari^ sensibus major est; infinitus^ immensus^ et solisibi^ tantus quantus est^ notus.» (Octav., c. XYllI.)
« «Quid? quod omnium de isto h?ibeo consensura. » {Jd., c. XVIll.
37t TÉMOIGNAGE DE LA PHILOSOPHIE.
gnon fumant du prophète ; cette clarté diyine lui apparaît bien plus brillante dans la haute culture de Tancien monde. Il se plaît à recueillir les témoignages des poëtes et des philosophes sur Tunité et la majesté de Dieu ; on peut même lui reprocher d'interpréter dans un sens trop fayorable des expressions indé* cises qui se prêtaient mieux à un yague panthéisme qu*à un monothéisme de bon aloi. Ce n*est pas sans surprise qu*on le yoit ranger parmi les défenseurs de r unité diyine Démocrite, Heraclite et même Epicure. L* apologiste est mieux fondé à dire que le langage de Platon sur Dieu est presque diyin * . Son appréciation des résultats de Tancienne philosophie dépasse ce que Técole des catéchistes d'Alexandrie a dit de plus hardi: « J'ai exposé, dit-il, les opinions de tous les plus illustres philosophes; tous sous des noms diyers ont en* seigné le Dieu unique , si bien que Ton pourrait en inférer ou que les chrétiens sont actuellement des philosophes, ou que les philosophes étaient des chrétiens anticipés ^. » Ailleurs Octaye invoque encore le témoignage des philosophes en fayeur du dogme du jugement final et de la résurrection, mais il exagère iciTinfluenee de la prophétie hébraïque sur les écoles de la Grèce ". Emporté sans doute par la yiyacité de la discussion, il donne le plus triste démenti à sa noble
^ « Et quse tota esset cœlestis oratio, nisi persuasionis civilis Donnunquam admixtione sordesceret. » (Octav., c, XIX.)
* « Ut quivis arbitretur^ aut nnnc christianos philosophos esee^ aut philosophos fuisse jam christianos. » {Id., c. XX.)
* « Quod iUi de divinis prœdicationibus prophetarum umbram interpolât» veritatis imitati sunt. » (/rf., c. XXXIV.)