ROME ADORE DES DIEUX VAINCUS
que le rat peut ronger à son aise, tandis que Taraignée ourdit paisiblement sa toile sur leur visage, et que rhirondelle fait son nid jusque dans leur bouche * .
Octave s'attaque principalement aux superstitions romaines. Prétendre que c'est grâce à la piété des pères que Rome a grandi, c'est oublier qu'elle a été fondée par le pillage et le rapt, et que son premier roi a été tout simplement un chef de brigands. « Le sol que les Romains occupent, cultivent, possèdent, est le butin de l'audace ; leurs temples sont tous bâtis avec les débris des villes et la dépouille des dieux ; le sang des prêtres a arrosé ces pierres sacrées^. N'est-ce pas une insulte et une moquerie que d'adopter des religions vaincues et d'accorder l'adoration à des dieux captifs? Adorer ce qu'on a ravi à main armée, c'est consacrer le sacrilège et non honorer des dieux. On peut compter les conquêtes des Romains par leurs triomphes sur ces dieux infortunés ; aiutant de trophées pris sur l'ennemi, autant de dépouilles enlevées sur la religion'. Et ce. sont pourtant ces divinités étrangères contre lesquelles elle a combattu que Rome invoque dans ses guerres! Que peuvent pour les Romains des dieux qui n'ont pu protéger contre eux leurs propres adorateurs? « Peut-on faire grand fonds sur lés dieux primitifs du pays? La pâleur, la crainte et la fièvre, quelques scélérats heureux et des prosti-
« Octav., c. XX, XXV.)
* «Ita quidquid Romani tenent, colunt, possident, audacise praeda est; templa omnia de ruinis urbium/de spoliis deorum, de caedibus sacerdotum. » (/cf., c. XXV.)
' «Tôt de diis spolia, quod de gentibus et tropsea. » {!d,, c. XXV.)
RÉALITÉ DU xMONDE INVISIBLE. 381
tuées comme Acca Laurentia et Flora, voilà ce qui peuplait rOlympe du Latium ' . Régulus a été jeté dans les fers, malgré la dévotion qu'il avait montrée aux augures ; ceux-ci n'ont guère protégé le pieux Mancinus réduit à passer sous le joug , ni Paul Emile , massacré avec son armée dans les plaines de Cannes. César traverse la mer d'Afrique, malgré les augures, et jamais elle ne fut plus calme ^. Quant aux oracles, Octave, partageant les idées des chrétiens de son siècle, y voit une intervention réelle et merveilleuse des démons qui se glissent dans la statue de telle ou telle divinité , ou bien parlent par les entrailles des victimes. L'apolo- ^te prétend que ces esprits de ténèbres sont ignominieusement chassés par les exorcismes de FEglise , et qu'ils sont ainsi forcés d'avouer publiquement leur débite.
Le principe de toute idolâtrie, de la plus ra£Bnée comme- de la plus grossière, c'est la difficulté pour l'homme de s'élever jusqu'à l'invisible. Il veut toujours des dieux qui marchent devant lui, des dieux matériels que l'œil puisse contempler et que la main puisse toucher. Aussi Minutius Félix termine son apologie en insistant sur la réalité du monde supérieur.
« Nous ne pouvons, dites-vous, ni montrer ni voir le Dieu que nous adorons. Nous croyons qu'il est Dieu précisément parce que nous ne pouvons ni le sentir ni le voir'. Sa puissance se révèle à nous dans ses œuvres
« Odav., c. XXV. « Id., c. XXVÏ.
• « Tmmo ex hoc Deum crcdimus, quod eum sentire possumus, videre non possumus. » [Id., c. XXXII.)