‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 4)Chapitre 197 sur 277 · SA JUSTICE ÉCLATE DANS L'HISTOIRE · texte numérisé non relu

SA JUSTICE ÉCLATE DANS L'HISTOIRE

pour qui la nuit n'existe pas ; son regard perce les ténèbres; il perce nos pensées^ ces autres ténèbres; nous ne viTons pas seulement sous ses yeux, je dirai que nous yivons encore avec lui. Ne nous yantons pas de notre grand nombre ; nous ne sommes qu'une poignée pour Dieu. Que lai font nos divisions en nations et en peuples? Le Aïonde entier n'est pour lui qu'une seule famille. Les rois de la terre ne connaissent ce qui se passe dans l'étendue de leur royaume que par leurs ministres; Dieu n'a nul besoin d'intermédiaires. Ce n'est pas assez de dire que nous vivons sous son regard, nous vivons dans son sein * . »

Ce Dieu invisible, mais dont la toute-présence se felt partout sentir, n'a aucune analogie avec cet aveugle destin que les hommes corrompus se plaisent à déifier, parce qu'il couvre leurs crimes d'une excuse commode et les décharge d'une responsabilité gênante. Les événements peuvent être livrés aux jeux de la fortune, mais l'esprit est toujours libre; ce n'est pas sur sa oondiUon extérieure, c'est sur ses actes que l'homme est jugé. Qu'est-ce que le destin, si ce n'est l'arrêt de Dieu sur chacun de nous'**. Dieu prévoit l'avenir et il détermine notre sort d'après nos mérites et nos qualités. » La justice divine a déjà eu ses grandes manifestations dans l'histoire du monde, témoin ce peuple juif dont on oppose souvent les malheurs aux adora-

* « Non solum in oculis ejus, sed et in sinu vivimus. » (Octav,, e. XIXIII.)

• « Quid enim aliud est fatum, quam quod de unoquoque nostrum Deusfatus est.» {Octav., c. XXXYl.)

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teurs (lu vrai Dieu pour montrer qu'il sert à peu de choses d'embrasser son culte, comme si ces malheurs n'étaient pas le châtiment mérité de sa rébellion persistante. Tant qu'il a été fidèle à son roi céleste, il s'est multipUé comme le sable de la mer et il a écrasé ses ennemis. Dieu n'a abandonné les Juifs qu'après qu'euxmêmes l'ont eu abandonné. « Il n'est pas vrai que leur Dieu ait passé sous le joug avec eux, mais ils ont été livrés à la servitude par ce Dieu comme des transfuges de sa loi ^ >»

Un jour doit se lever où, dans l'embrasement du monde, sur ses ruines fumantes, éclatera la justice divine. La résurrection des morts, préfigurée par les révolutions de la nature, sera le dénoùment de ce grand drame de l'histoire ^. On n'est nullement en droit d'opposer à la justice de Dieu les souffrances des chrétiens, car ces souffrances sont un bienfait pour eux. Ils sont pauvres, mais cette pauvreté, joyeusement acceptée, est une glorieuse liberté. « Est-il pauvre celui qui n'a besoin de rien? Du moment où nous ne désirons rien, nous possédons tout. Nous aimons mieux mépriser les richesses que les possédera Si nous subissons les maux de la vie corporelle, ce n'est pas que nous soyons châtiés, c'est notre train de guerre*. » La souffrance trempe seule le courage, et jamais on ne vit de héros qui

1 « Nec cum dco suo captos, sed a Deo, ut disciplinae transfugas, deditos. » [Ociav.y c. XXXIV.)

«/cf., c.XXXlV^XXXV.

^ « Quis potest pauper esse, qui non eget? Nos contemnere malimas opes quam continere. » (/rf., c. XXXVI.)

* «Non est pœna, militiaest. » (Id,, c. XXXVI.)

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