‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 4)Chapitre 204 sur 277 · LES TROIS LIVRES A ANTOLYGUS · texte numérisé non relu

LES TROIS LIVRES A ANTOLYGUS

V homme véritable en toi, et je te montrerai mon Dieu. On a peine à comprendre comment la suite de l'ouvrage ressemble si peu au début. L'auteur juge toute la philosophie ancienne avec la plus grande sévérité; s'il reconnaît en elle quelques parcelles de vérité, il n'y voit rien d'original* , et il n'admet pas qu'elle ait, à aucun degré, préparé les esprits à recevoir le christianisme. Il l'enveloppe dans le même anathème que la poésie, sans faire aucune distinction entre ses divers représentants. La grande poésie lui paraît uniquement une puissance de séduction et de mensonge. Les chœurs d'Eschyle et de Sophocle, consacrés à la gloire de ridée morale, sont un jeu frivole à ses yeux. Aratus le poëte, cité par saint Paul devant l'aréopage, ne trouve pas même grâce devant lui, et il n'hésite pas à mettre sur la même ligne Epicure l'athée, Socrate et Platon. « Qu'a-t-il servi à Epicure , dit-il , de nier la Providence, à Socrate de jurer par le chien, l'air et le platane? Qu'a servi à Platon la philosophie inaugurée par lui? » Vanité et impiété, c'est le résumé de toute la culture grecque pour Théophile d'Antioche ^.

U n'a pas non plus insisté sur la preuve morale ; il n'a fait que l'indiquer, pour se concentrer sur les lieux communs de l'apologétique vulgaire. Il n'y a rien dans sa polémique contre le paganisme qui mérite d'être relevé. Pour confondre ses adversaires , il en appelle surtout à deux autorités : la nature et la tradition- A la première il demande de démontrer l'exis-

4 Ad Antolyc.) p. 79. * îd,y p. 11 6,

a98 LES TROIS LIVRES A ANTOLYGUS.

tence de son puissant auteur , par son harmonie et Tordre admirable qui règne en elle. Théophile se contente des descriptions les plus banales, et n* ajoute pas un trait au tableau qui avait été déjà tant de fois tracé de la création. Il abuse de l'analogie entre les faits moraux et les faits matériels pour établir la résurrection, oubliant que si Tapôtre Paul couronne une admirable argumentation par sa belle image du grain de blé qui meurt pour revivre, il se serait bien gardé d'en faire sa preuve décisive et unique. Théophile d'Antioche affronte résolument le ridicule dans le passage où, pour montrer que la vie physique est soumise à des lois mystérieuses, il demande à ses lecteurs si l'embonpoint dont ils peu* vent être soudainement gratifiés ne leur est pas iûex* plicable*. La seconde autorité invoquée par l'apologiste d'Antioche est la révélation : pour lui aussi, la question de date est la plus importante ; il se livre à des calculs compliqués pour établir la haute antiquité de la tradition mosaïque * qu'il corrobore par les oracles de la sibylle^. Il s'appuie plus que ne l'avaient fait ses devanciers sur les documents historiques fournis par le paganisme, et il cite volontiers les écrits de Manétho et deBérose*. Rien de plus légitime et de plus concluant qu'une telle argumentation, parce qu'elle part j de données également admises par les adversaires da christianisme et par ses défenseurs. Il eût été à désirer que l'apologiste eût creusé davantage ce fBton et ne se fût pas rejeté de suite sur les considérations gé-

i Ad Antolyc, p. 77, 78. « IcL, p. 127. * Id., p. 107. * Id., p. 131-139.

Page 1