‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 4)Chapitre 205 sur 277 · TATIEN · texte numérisé non relu

TATIEN

nérales. L'une des meilleures parties du livre de Théophile d'Àutioche est celle où il paraphrase les premières pi^s de la Genèse. Il montre que ces simples récits renferment l'explication la plus satisfaisante du problème de la destinée humaine, en la faisant dépendre d^ déterminations de la Tolonté * . Il termine en inyoqoant comme dernière preuve le courage des martyrs, sans qu'il ait déployé une seule fois T étendard pour lequel les confesseurs moucaient, sans avoir même mentionné cette foi au Christ crucifié qui était Tessence de la religion nouvelle. Ce n'était pas la peipie de tant déclamer contre la philosophie antiqtfe pour perpétuer son plus grave défaut , en favorisant cette tendance parement intellectuelle qui voit dans la vérité une idée et une théorie, et non pas un fait immense et divin destiné à sauver le monde et à régénérer Thomme.

n suffit de lire le titre de F ouvrage apologétique de Tatien pour savoir qu'il appartient à la même école ; il est ainsi intitulé : Discours contre les Grecs, pour leur provr ver que toutes les inventions dont ils se glorifient leur ont été ccmnmniquées par les Barbares ^. Ecrite d'un ton vioknt et amer, cette harangue était plus faite pour irriter que pour persuader ; elle respire un orgueil insupportable. L'auteur parle de lui-même avec autant de jactanee qu'il parle dédaigneusement des autres hommes. Q est très facile de comprendre qu'il se soit laissé gagner

U'hérésie, et que de disciple de Justin Martyr il soit

* Ad Antolyc, p. 89-105.

* Voir le Discours de Tatien à la suite des Œuvres de Justin Martyr, dans l'édition de Paris. 1631.

devenu le sectateur des gnostiques. Non-seulement le germe de ses erreurs se discerne à première vue dans son écrit, mais on reconnaît h sa jactance qu'il ne pliera pas longtemps sous k joug léger du Christ. Rien n'est moins chrétien que sa défense du christianisme, rien n'est plus opposé à l'exposition large et sereine des alexandrins. Tatien a la passion de Tertullien, mais il n'a ni son éloquence ni sa piété ; les coups qu'il frappe peuvent écraser, il ne persuadera jamais personne.

Malgré ses emportements contre tout ce qui a précédé la religion nouvelle, il admet néanmoins que l'homme est par nature de race divine. Le Verbe l'a fait à la ressemblance de son créateur, à l'image de son immortalité; il l'a rendu capable de participer à la divinité; mais s'il se livre au mal, il laisse tomber à terre cette couronne d'immortalité, et il devient semblable aux animaux. Le mal ne provient pas d'une imperfection inhérente à son être, il est le résultat d'une détermination mauvaise de la volonté. L'homme a été entraîné par les démons , déchus eux-mêmes du haut rang où Dieu les avait placés, et tombés sous l'empire de la matière qui leur a inoculé un esprit impur et grossier par lequel ils empoisonnent notre âme * . Tatien construit sur les démons une théorie bizarre, toute empreinte de dualisme. C'est à ces esprits malfaisants qu'il attribue l'idolâtrie et les sortilèges. Ils se sont servis des forces cachées de la nature pour tromper l'humanité et la retenir sous leur domination. On ne peut leur échap-

* Tatieu, p. 146.

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