‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 4)Chapitre 207 sur 277 · IL TRAINE L'HELLÉNISME DANS LA 60UE · texte numérisé non relu

IL TRAINE L'HELLÉNISME DANS LA 60UE

Il est dans soû droit quand il Toue au tnépris les dieux olympiens et qu'après avoir déchiré le Voilô des allégories ou des interprétations mjthiqttiès^ U met à nu leurs turpitudes * . U est également bien fondé à signaler avec énergie Tinfluence corruptrice dei^ jeux célébrés en Thonneur de ces dieux/ et surtout à flétrir ces représentations théâtrales qui, en reprodui*sant leiir histoire, souillaient le cœtir et allumaient leâ sens des spectateurs déjà corrompus. « Vos fils et vos filles, dit-il, apprennent de vos acteurs comment il faut s'y prendre pour commettre l'adultère^. » Les jeux cruels du cirque sont peints par Tàtien avec ttlie rare vigueur. « Le pauvre se vend, et le riche Fàthète pour le meurtre ; les juges du combat prennent place, les gladiateurs luttent entre eux sans aucun motif de haine , et personne ne s' élance à leur secours. Non contents d'acheter la chair des animaux pour vous en nourrir, vous achetez des hommes pour repaître Vôtre âme de leur mort*, et vous la nourrissez des flots de leur sang. Le voleur tué sa victime pour la dépouiller, le riche l'achète pour la voir mourir. » Tatién tombe dans Texagératioû et l'injustice quand il conteste à la Grèce ses vraies grandeurs, quand il traite l'art des Phidias et des Praxitèle de jeu puéril*, qu'il présente la poésie comme une courtisane au service des fatii dieux', sans faire une exception pour la noble iuspi-

^ Tatien, p. 16Ô. * Id,, p. ICÎ.

*/c?.,p. 158. Ud,,^.H<i,

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ration des grands maîtres de la lyre antique, et qu'enfin il accuse Téloquence des Périclès et des Démosthène de s'être vendue à l'injustice et à la calomnie et d'aToir trafiqué lâchement de la parole humaine * . L'apologiste passe toutes les bornés, non-seulement de la jnstice, mais du bon sens, quand il prétend établir que la langue grecque,

ce lang^age aux douceurs souveraines^

Le plus beau qui soit né sur des lèvres humaines^

n'est composée que d'emprunts faits aux langues étrangères^, et qu'en définitive toute la civilisation hellénique n'est qu'un vaste plagiat des peuples barbares. Dans son aveugle colère, il compare la Grèce aa geai paré des plumes du paon ^; il ne voit pas que l'on peut tout refuser à la Grèce excepté ce don de la beauté, ce charme suprême qui se répand sur toutes ses œuvres, depuis son idiome flexible et délicat jusqu'aux marbres taillés par ses sculpteurs et à la fine dialectique de ses métaphysiciens, charme subtil et brillant, semblable à la lumière douce et pourprée qui dore ses mers, ses côtes et sa terre pri\ilégiée. Tatien traite la législation des Grecs comme il a traité leur ^1 civilisation ; il la méprise à cause de sa diversité ; il \ demande ironiquement si la conscience hellénique a eu A ses dialectes aussi bien que la langue, puisqu'elle parle

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^ 'PiQTopaïjv [LÏv vàp i%^ à^moL m\, auxoçavita (juveoT'ifjaaaÔc. (Tatien, p. 142.) * Idem.

404 liNSULTES AUX PHILOSOPHES.

différemment d'une cité à l'autre \ Quant à la philosophie, Tatien la foule aux pieds, et il rivalise avec Lucien pour flétrir la réputation de ses représentants les plus distingués. Non content de montrer leurs innombrables contradictions, comme il en avait le droit, il leur prodigue le ridicule et l'insulte. 11 nous les montre avec leur manteau jeté sur une de leurs épaules, laissant pendre leur chevelure, cultivant leur barbe et portant des ongles de bêtes fauves , comme si la Grèce n'avait eu d'autre école que celle des cyniques. « Ils prétendent, dit-il, qu'ils n'ont besoin de rien et cependant ils demandent leur besace au tanneur, au cordonnier leur chaussure, au tourneur leur bâton, et au riche et au cuisinier la satisfaction de leur gourmandise. 0 homme ! semblable au chien, tu ne connais pas Dieu, et tu cherches à imiter la brute ; tu aboies en public avec effronterie, et si tu n'as pas reçu ce que tu demandes, tu cries des injures; la philosophie est pour toi un gagne-pain^. » Tatien passe des attaques générales aux attaques directes et personnelles; il mentionne les chefs des diverses écoles pour marquer chacun d'eux d'une flétrissure; il ne s'arrête même pas devant ,1a noble figure de Platon, et il l'accuse de s'être venda à Denys pour satisfaire sa gourmandise'. Ce dernier trait donne la mesure de sa largeur et de son équité. Qu'oppose-t-il , en définitive, à cette philosophie an-

* Tatien j p. 164.

* riv£Ta{ aot 'ziyyfi tou xopiÇetv. (/c/., p. 162.)

5 llXaiwv çtAoŒOçûv UTub Aiovuciou s'.à YaG-rpii^^apYtav iiciTcpa- CX6T0. (/c/., p. 142.)

SON IDEALISME DUALISTE. i05

tique à laquelle il déverse le mépris, si ce n'est un système subtil qui ne vaut guère mieux que les élucubrations dont il se moque? En effet le dualisme de Tatien n'est que l'une des combinaisons innombrables du platonisme. Il a beau insister sur la chute et la résurrection, sa doctrine est un pâle idéalisme qui n'a ni la puissance ni la simplicité de la religion du Christ. Il prétend avoir retrouvé la candeur de l'enfance, mais on ne s'en aperçoit guère à sa métaphysique ardue et à la manière pompeuse et arrogante dont il se met en scène. « Comme je me livrais, dit-il, à la recherche assidue de la vérité, je tombai sur quelques livres barbares % beaucoup plus anciens que toutes les doctrines de la Grèce et opposant la vérité de Dieu à leurs erreurs. Je crus en ces livres , parce que leur langage était sans pompe, sans affectation; ils expliquaient simplement l'origine du monde et annonçaient l'avenir; leurs promesses étaient magnifiques et ils faisaient connaître un seul Dieu. Instruit par l'Esprit, j'ai compris ce que condamnaient ces livres et comment ils nous affranchissaient du monde , en brisant le joug d'une infinité de tyrans et de princes. Ce n'est pas qu'ils nous donnent quelque chose de nouveau, mais ils nous rendent ce que l'erreur nous avait empêchés de conserver^. » On le voit par ces derniers mots, le christianisme, pour Tatien, n'a rien d'absolument nouveau, puisqu'il ne fait selon lui que restaurer la vérité primitive. L'amer apologiste avoue qu'il a tout d'abord

1 2uvé6iQ Ypaç atç Ttal èvxuxstv Papéapixaîç. (Tatien, p. 1G5.) * Idem,

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