‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 4)Chapitre 21 sur 277 · PROFANATION DE LA RELIGION SUR LE THEATRE · texte numérisé non relu

PROFANATION DE LA RELIGION SUR LE THEATRE

grand marché public tenu dans le temple de la volupté- Jamais la religion ne donne plus à la forme et aux pompes du culte que quand son essenxîe s'est altérée. Aussi le paganisme de la décadence s'entoura-t-il d'une somptuosité extraordinaire. On comprend tout ce que pouvait réaliser en ce genre une dévotion exaltée qui avait à son service les ressources immenses d'une civilisation aussi brillante que corrompue. La populace avait la fureur de ces fêtes qui flattaient et divinisaient ses mauvais instincts en leur donnant une ample pâture. Nous ne reviendrons pas aux jeux du cirque qui avaient, comme on le sait, un caractère religieux. Mais ces jeux étaient alors complétés par des représentations dramatiques qui mettaient en scène les mythes païens les plus infâmes. Les amours d'Aphrodite pour Adonis , les adultères de Jupiter étaient exposés sur la scène et rendus au vif par la pantomime expressive des danseurs et des danseuses * . Un païen de ces temps devenu chrétien nous peint en vives couleurs ces représentations si aimées du peuple : « Que font, dit Arnobe, vos mimes, vos histrions?... W'abusent-ils pas de vos dieux pour un gain misérable?... Dans ces spectacles publics sont assis vos prêtres, vos magistrats et vos pontifes ; vos augures, vos vestales sont là ; j'y vois tout le peuple et tout le sénat; et, chose abominable à entendre! Vénus, la mère de cette race de Mars, nous est montrée dansant comme une bacchante et exprimant tous les sentiments d'une

* Juvénal^ Satires, Vf, v. 67. Dœllinger, p. 641.

CORRUPTION EFFROYARLE DES MASSES. 2i

courtisane. Que dis-je! celui que vos fables proclament le roi du monde, sans aucun respect de son Dom et de sa majesté, joue le rôle d'un adultère ^ » Non content de se repaître au théâtre des infamies de ses dieux, le païen veut en retrouver Timage dans sa maison , et des fresques vivement peintes lui permettent d'avoir sans cesse sous les yeux les exemples qu'il lui est si agréable de suivre. Sa fille sera ainsi formée de iyonne heure à tout ce que Ton est en droit d'attendre d'elle dans une telle société ^.

Le roman d'Apulée nous donne la mesure de la corruption des mœurs dans cet âge d'affaissement moral. C'est une abjection sans nom. A l'époque précédente, le mal semblait avoir atteint son extrême limite, mais on se l'expliquait par les triomphes d'un épicuréisme incrédule. Au second siècle, la débauche s'unit à la déTotion et au fanatisme. En outre, elle s'est plus largement répandue. Au siècle d'Auguste, on est surtout frappé de la démoralisation des hautes classes de la société. Le bas peuple paraît avoir été de plus en plus ^traîné par l'impur courant. Apulée nous peint surtout des gens de condition médiocre. Partout il nous montre un sensualisme effréné, l'adultère et les vices contre nature. 11 nous représente aussi ce qu'on peut appeler le bas clergé du paganisme, ses prêtres mendiants, fripons et gloutons, les plus parfaits représentants de la corruption de leurs contemporains. Le ta-

« Quod pantomimi vestri, quod histriones? Amans saltatur Venus, maximos ipse regnator poli sine ulla nominis majestatîsquc f'ormidine adalterorufn agereîntroducitur partes.» (Ârnobe, Contra gentes,iV ,^^.] * Properce, Eiégies, II.

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