LA LETTRE A DIOGNÈTE
la source jaillissante. Le langage a ce je ne sais quoi de primitif et dlmmédiat qui disparaît promptement, et qui en tout cas ne survit jamais au temps de discus* sion et d'élaboration dogmatique; il a la candeur des époques créatrices et cette transparente simplicité qui laisse voir Tidée sans intermédiaire et la rend vivante sous nos yeux ; nul ornement de rhéteur, nulle formule ne s'interposent entre elle et nous; de là le charme incomparable de cette petite lettre anonyme, où Ton reconnaît un noble esprit qui plane au-dessus des subtilités et des abstractions dans la lumière et sous les chauds rayons de la vérité. S'il est certain que l'auteur a vécu au second siècle, il est difficile de déterminer la date précise de sa lettre; nous serions porté à penser qu'il l'a écrite avant l'an 150^ 11 se
* On sait que la Lettre à Diognète a été longtemps attribuée à Justin Martyr. Cette hypothèse a été reprise avec un grand luxe de démonstration par Otto {In Opéra Justin. 1849. Tome II, page 156); mais elle ne résiste pas à un examen attentif. !•» La différence du style de l'auteur inconnu et de celui de Justin Martyr est des plus tranchée. On n'a^ pour s'en convaincre, qu'à relire une page des deux Apologies ou du Dialogue à Tryphon, S*" La différence entre les idées sur des points très Importants n'est pas moins sensible. La doctrine du Verbe spermatique est complètement absente de VEpitre à Diognète; le paganisme nous y est représenté comme l'erreur absolue, et nulle exception n'est faite au profit des philosophes. Les institutions mosaïques sont frappées d'une condamnation non moins sévère, tandis que le Dialogue avec Tryphon reconnaît leur origine divine. 3« L'auteur de la Lettre à Diognète ne voit dans les faux dieux que des idoles de bois et de pierre ; Justin y voit des puissances démoniaques. Il est donc impossible d'attribuer à ce dernier un écrit qui est en contradiction avec ses idées les plus caractéristiques. (Voir le développement de cette thèse dans Semisch.^ Justin der Martyrer, Breslau, 1840, t. I*',p. 172, et dans son article de V Encyclopédie d'Herzog sur la Lettre à Diognète, Voir aussi les Prolegoumenay de rédition des Pères apostoliques^ de Hefele, 1849.) Dorner attribue, non sans hésitation, la Lettre anonyme à Quadratus (Die Person Christi
Uù PARENTÉ DIVINE DE L'AME.
rattache bien décidément à la seconde école des apologistes. En effet , il admet explicitement le rapport essentiel de Tàme humaine ayec Dieu, mais en même temps il ne trouve pas une seule pierre d^attente dans tout Tancien monde pour Fédifice nouveau dont le Christ a été l'architecte et le fondateur. Il enveloppe le passé tout entier, en y comprenant le judaïsme dans une condamnation que rien ne tempère. Il ne voit qu'erreur absolue dans l'élaboration religieuse et philosophique des siècles qui ont précédé l'incarnation du Verbe, sans cesser jamais cependant de croire à la parenté divine de l'âme humaine. « Dieu, dit Fauteur, a aimé l'homme ; c'est pour lui qu'il a fait le monde; U lui . .„uie.« tou, le, anim.»,, e. M . donné 1. ni- : son et l'intelligence ; si bien que, seul de tous les êtres, | son regard s'élève vers son Créateur * . » Pour qu'il se ! rende à la vérité et redevienne capable de la discer- i ner, il p'a qu'à retrouver sa nature première, «Délivre ta pensée de tous les raisonnements qui t'embaiv fassent i échappa aux égarepients de la coutume, i*ed6« viens ce que tu fus à l'origine | sois un nouvel homme pour saisir une doctrine que tu as toi-^mème reconnue |
t . l*'^p. 178). Bunsen l'attribue sans raison suffisante à Mar<;ion [Hippelift., t. \*', p. 130). L'authenticité des deux derniers chapitres est fortement contestée pour trois raisons : 1" le manuscrit le plus ancien de notre Lettre porte la trace évidente du doute qui planait sur ce morceau dans l'antiquité chrétienne; 2» l'EpUre change soudain de ton; elle cesse d'avoir les allures d'une lettre et prend le tour dhiae allocution générale; 8" enfin l'auteur s'exprime sur la loi et sur les prophètes d'une wanière qui contredit la première partie de la Lettre à Diognète,
* Oîç X^YOv êStoxev, oîç vouv, oTç (Ji^votç oEvo) icpbq oôtbv 6p3v èxéTpst^sv. {Epist, ad Diofjn,,c. X.)