‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 4)Chapitre 23 sur 277 · LES CLASSES MOYENNES PEINTES PAR APULEE. «T · texte numérisé non relu

LES CLASSES MOYENNES PEINTES PAR APULEE. «T

controns les mêmes viees, les mêmes infamies que dans la ville ou dans les palais du riche ; la prostitution s'y étale librement * . D'où vient ce tumulte dans cette maison écartée ? Ce sont des galli à la tête rasée qni dépensent dans une débauche effrénée la collecte (ju'ils ont faite et qui a été fructueuse, grâce à leurs danses firénétiques *. Les meurtres sont aussi fréquents ({ne les adultères. L'auteur nous fait assister à Tune de ces voluptueuses représentations des fables du paganisme grec dont nous avons parlé. Nous sommes à Gorinthe, dans cette cité qui, déjà un siècle auparavant, avait une célébrité d'infamie. La pièce qui va être jouée est le Jugement de Paris. Le mont Ida est reproduit avec ses sources murmurantes. Le rôle de Paris a été confié A un beau jeune homme somptueusen^nt fêta. Un bel enfant complètement nu remplit celui de Famour. Les trois déesses apparaissent successivement ; Vénus est représentée par tine jeune fille dans toute la fleur de la beauté. Chaque déesse plaide sa cause par une pantomime expressive. Yénus, suivie des 6r&ces et des Heures, au son d'une musique caressante, se livre à une danse pleine d'abandon et reçoit la pomme d'or devant rassemblée charmée *. De Corinthe Apulée nous transporte à Alexandrie et nous décrit, avec un coloris non moins vif, une pompe religieuse en rhonneur dlsis. Par un jour de printemps, sous le soleil ardent du ciel d'Egypte, la procession se met

* Voir le livre II des Métamorph, » Métamorph,, II, 163.

» idem, II, 309.

t8 LA TERREUR S'UNIT A LA VOLUPTE.

en marche pour consacrer à la déesse le vaisseau neuf qui doit placer le commerce maritime sous ses auspices. Le cortège est précédé par une mascarade plaisante qui môle la bouffonnerie à la solennité religieuse. La pompe particulière de la déesse s'avance majestueusement. Des femmes vêtues de blanc jonchent le sol de fleurs ou y répandent des parfums précieux. Après elles une foule nombreuse porte des torches et des flambeaux. Une symphonie délicieuse vibre dans Fair. Ce sont les jeunes gens d'élite vêtus de blanc qui chantent une cantate au son des instruments. Sur leurs pas se pressent les initiés aux mystères d'Isis. Puis viennent les hommes et les femmes qui représentent les astres ; les dernières portent des voiles parfumés. Les prêtres les suivent, ayant chacun dans les mains -quelque symbole du culte égyptien. Les dieux sont portés triomphalement , et au milieu d'eux une petite urne en or, tîouverte d'hiéroglyphes, figure la grande Déesse. Le cortège s'avance au bord de la mer et consacre à Isis le navire votif tout surchargé d'ornements. Un sacrifice solennel offert au retour dans le temple, achève la cérémonie. C'est par un tel luxe de représentation que le paganisme retenait un peuple amoureux de l'éclat extérieur *.

Si Apulée s'arrête avec complaisance sur le côté brillant du paganisme de son temps, il ne néglige pas le côté sombre. On sent en le lisant que la terreur plane sur ce monde païen si riant et si voluptueux.

* Métamorph., ÎI, 335.

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