RECRUDESCENCE DES ARTS MAGIQUES. Î
la religion qui corrompt est aussi la religion qui épou- Yante. La pensée du monde invisible se dresse comme an spectre devant la table de l'orgie et fait pâlir les convives sous leurs couronnes de fleurs. L'ivresse des sens peut contribuer à accroître cet eflfroi sans remède. Ne connaissant d'autre divinité que la nature, c'est d'elle que le païen du second et du troisième siècle attend tout et redoute tout. Il place en elle celte région du mystère qui attire irrésistiblement la pensée de l'homme, parce qu'il sent toujours qu'il y a quelque chose au delà de ce qu'il voit ou de ce qu'il sait. Il slmagine qu'elle tient en réserve des secrets bienfaisants ou redoutables, et il tombe complètement sous rinfluence des imposteurs qui prétendent disposer de ses forces cachées. Le magicien l'emporte sur le prêtre et le philosophe, et règne en maître sur les esprits. La prédominance des cultes orientaux, toujours très enclins à la magie, la restauration de la philosophie pythagoricienne qui attribuait aux nombres et aux formules une vertu mystérieuse, la recrudescence du culte des démons ou esprits intermédiaires entre les dieux et les hommes, toutes ces causes réunies achèvent d'expliquer les progrès de ces honteuses superstitions dans tout l'empire*. On attribue à la magicienne une sorte de toute-puissance pour le mal et pour le bien. Elle fait l'objet de tous les entretiens; le soir, on se raconte à voix basse les effets terribles de son
* Voir sur ce sujet le livre si curieux et si érudit de M. Maury, la Magie et V Astrologie dans V antiquité et au moyen âgç, Paris, 1860. Voir surtout pages 73 à 86.