‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 4)Chapitre 238 sur 277 · LES EX0RC161IES · texte numérisé non relu

LES EX0RC161IES

toutes 2 c'est la honteuse défaite des dieux païens maxiifestée par la guérison des démoniaques. Nous nous sommes expliqué déjà sur les exoroismes de TËglise €iu second et du troisième siècle. Nous avons fait la part d'une imagination ébranlée et d'une superstition maladive. Les démoniaques, au temps de Tertullien, étaient en proie à une idée fixe qu'ils avaient respirée en quelque sorte dans l'atmosphère intellectuelle dont ils étaient entourés. Bien n'était plus répandu que la croyance aux possessions ; l'esprit malade tombait complètement sous l'empire de cette croyance, et eUe se eolorait diversement en lui selon la nature des influences qu'il subissait. S'il entrait en contact avec des chrétiens, il interprétait son mal comme eu!iL, il se croyait sous l'influence d'un démon, il voyait dans ce démon un dieu du paganisme et il le déclarait sans hésiter à l'exorciste qui l'interpellait. L'Eglise, qui croyait fermement h cette identité des dénions et des faux dieux, s'imaginait entendre le désaveu du paganisme par ses propres divinités, et elle y trouvait un grand sujet de triomphe. Il n'est donc pas étonnant que l'imagination ardente de Tertullien se soit enflammée à un tel spectacle et qu'il en ait tiré un de ses arguments favoris en faveur de la religion nouvelle. « Quand vos dieux vous confessent qu'ils ne sont pas des dieux, ditil, quand ils avouent qu^il n'y a qu'un seul Dieu, qui est le nôtre, cela suflSt pour nous justifier d'avoir outragé la religion romaine *. S'ils sont des dieux véritables, pour-

*■ « Omnis ista confessio illorum^ qua se deos negant esse. » {Apol., XXIV.)

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qaoi mentiraient-ils en se donnant pour des démons? Que vos dieux tous disent maintenant ce qa*est ce Christ avec sa fabuleuse histoire * ! Qu'ils vous disent s'il n'est qu'un homme ordinaire, un magicien, si son corps a été dérobé par ses disciples dans son tombeau, s'il est encore actuellement dans les enfers ou bien s'il n'est pas plutôt dans les cieux d'où il reviendra, au milieu de l'ébranlement du monde, devant l'univers confondu, alors que les chrétiens seuls ne participeront pas à l'universel gémissement^. On saura alors qu'il est la vertu de Dieu, l'Esprit de Dieu, son Verbe, sa sagesse, sa raison et son Fils. Qu'ils se moquent, s'ils l'osent, de ce dont vous vous moquez vous-mêmes; qu'ils nient ce jugement que le Christ exercera sur l'àme après qu'elle aura retrouvé son corps. Qu'ils relèvent, pour y être jugés avec Platon et les poètes, le tribunal de Minos et de Khadamante; qu'ils se lavent de l'ignominie de leur damnation, et qu'ils prouvent qu'ils ne sont pas des esprits immondes comme tout les en accuse, et le sang dont ils se délectent, et les bûchers fétides où des hécatombes leur sont sacrifiées, et leurs oracles infâmes. Ils ne sauraient nier qu'à cause de leur méchanceté ils sont réservés pour le jour du jugement avec tous leurs adorateurs et leurs serviteurs. Toute cette puissance et toute cette domination que nous exerçous sur eux nous vient du nom du Christ. Craignant le Christ en Dieu et Dieu dans le Christ, ils sont assujettis

* « Ecquis ille Christus cum sua fabula?» [ApoL, XXIII.)

• « Inde \enturus cum totius mundi motu, cum horrore orbis, cum planclu omnium^ sed non christianorum. » (Id.)

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anx serviteurs de Dieu et du Christ * . Aussi au contact de nos mains, au souflBe de notre bouche, épouvantés par la vive représentation du feu qui les consumera, se retirent-ils à notre commandement, irrités et gémissants, des corps qu'ils habitaient et tout confus du spectacle qu'ils vous donnent. 0 vous qui les avez crus quand ils mentaient, croyez-les quand ils -vous disent la vérité^. »

Le témoignage des démons, d'après TertuUien, est d'autant plus digne de foi qu'il est plus contraire à leurs intérêts, puisqu'ils s'exposent à être privés du sacrifice qu'ils préfèrent à tous les autres : l'immolation des chrétiens. On est étonné de voir l'auteur du Témoignage de rame insister à ce point sur un argument qui n'a d'autre base qu'une superstition éphémère. C'est ainsi que l'apologie la plus belle subit l'influence des préjugés de son temps. Plus le défenseur du christianisme s'en tient aux grands arguments puises dans la nature intime du christianisme lui-même et dans les profondeurs de l'être moral, plus il a marqué son œuvre d'un sceau impérissable et Ta soustraite aux fluctuations du savoir humain toujours si borné et si mobile.

Ce n'est pas tout que d'établir la vérité du christianisme, il faut encore montrer qu'il a seul pour lui le hon droit. Or l'apologiste a trois grandes influences

* « Christum timentes in Deo, et Deum in Christo, subjiciuntur servis DeietChristi.» {Apol.,JXni.)

• « Crédite illis, cum verum de se loquuntur, qui mentientibus creditis. » (/(/.)

4ôd ATTAQUE CONTRE LE PAGANISME ET LE JUDAÏSME.

rivales à écarter : le paganisme, le jadaîsme et la philosophie. Noos ayons tu déjà à plusieurs reprises de quels sarcasmes amers Tertullien poursuit la religion païenne, avec quel sanglant mépris il traite ses dieux, quelle main hardie il porte sur les idoles les plus vénérées pour les jeter dans la boue des rues. Ces dieux qui ne sont pas des dieux, qui ont tous commencé par être des hommes semblables à nous, sont devenus des hommes pires que nous et il ne serait pas prudent pour eux de s'établir dans nps villes, car ils tomberaient sous le coup de nos lois les plus saintes. Au reste, il n'est pas possible de les mépriser plus que ne le font leurs adorateurs, qui les honorent par les vices les plus infâmes, et les livrent sur leurs théâtres à la risée publique. Nous rappelons ces pages brùlautes de colère dont nous avons déjà cité plus d'un de ces mots qui marquent comme d'un fer rougi ceux qu'ils atteignent \ L'impuissance des dieux païens égaie leur infamie, ils n'ont jamais su ni délivrer ni punir.

Le judaïsme, bien supérieur au pag^qisme, n'est-il pas plus dangereux powv la religion nouvelle? Il a l'avantage de professer le monothéisme, et l'Eglise reconnaît hautement l'autorité de ses livres sacrés. Mais Dieu, en châtiant et en dispersant le peuple élu, l'a visiblement condamné, comme l'a déjà établi Tertullien , et l'héritage des promesses a dû être transféré à un nouvel Israël. Le traité Contre les Juijs^ quia probablement

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