‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 4)Chapitre 25 sur 277 · RECRUDESCENCE DES ARTS MAGIQUES · texte numérisé non relu

RECRUDESCENCE DES ARTS MAGIQUES

pouvoir, les métamorphoses ridicules qu'elle opère avec sa baguette de Circé, les moyens dont elle dispose pour atteindre qui elle veut, et pour verser par ses philtres un amour insensé ou un délire furieux. On éprouve surtout une curiosité passionnée de saisir ses secrets, de soulever le voile de ses machinations. €ette curiosité fait le fond du roman d'Apulée; elle coûte cher à son héros, car pour s'être servi d'une certaine drogue dont il ignorait l'antidote, il est changé en âne et il devient ainsi le soufFre^ouleur de tout un monde infime dont il se venge en le peignant. Nous sommes introduits dans le laboratoire secret de la magicienne, dans l'antre de la sorcière. On y trouve des aromates de tout genre, des lances d'airain couvertes de caractères indéchiffrables, des pièces de fer, tristes débris de vaisseaux naufragés, de nom-> breux morceaux de chair humaine appartenant à des corps récemment ensevelis ; ailleurs le sang d'hommes égorgés , précieusement conservé , des crânes à demi dévorés par des bêtes sauvages \ Les sépulcres ne sont pas même respectés. La magicienne v& chercher dans les tombeaux, sur les bûchers, les substances dont elle composera ses drogues maudites. Souvent, au moment où l'on prépare les funérailles d'un mort, elle se hâte d'enlever le corps ^. La sorcière opère seft maléfices ^n prononçant des paroles magiques sur les entrailles palpitantes des victimes et en célébrant des

*■ Maury^ la Magie et r Astrologie dans ^antiquité et au moyen, âge, I, 182.

< « Ne mortuorum quidem sepulcra tuta dlcuntar. d (Id*, l, p. 8.)

LES ASTROLOGUES ET LES NÉOlOliANGIENS. 34

sacrifices bizarres. C'est par ces rites connus d'elle seule qu'elle exerce son prétendu pouvoir sur la nature et sur les hommes; elle éteint, dit-on, la clarté du jour, fascine les malheureux jeunes gens auxquels elle a Toué un fatal amour et opère les plus bizarres métamorphoses. La pratique des arts magiques conduisait au crime ; on vit des magiciens immoler des petits enfants et arracher un avorton du sein de sa mère\ La sorcière a pour rivaux Tastrologue chaldéen et le nécromancien qui évoque les morts. Le premier, descendant dégénéré des mages persans, prétend indiquer exactement Tavenir par Tétude des astres. « Chez nous, à Corinthe, lisons-nous dans les Meta-morphoses d'Apulée, il y a dans ce moment un étranger, Chaldéen de nation, qui met journellement toute la ville en émoi par ses réponses surprenantes, et qui gagne sa vie à publier les secrets du destin. Il indique quel jour il faut choisir pour faire un heureux mariage, pour jeter les fondements d'une construction durable, pour entreprendre un commerce^. » La supercherie de tels charlatans était parfois découverte, mais le métier n'en demeurait pas moins excellent. Ils dressaient déjà des thèmes de nativité et prétendaient ramener tous les événements de la vie de l'homme à l'influence des astres. « C'est par suite de la conjonction des étoiles, dit l'astrologue des Recognitiones^ que les hommes sont homicides ou

* Denys d'Alexandrie, apud Eosèbe, H, E,, VU, 10. — Ammien HarceU., XXIX^ 2. — DœlliDger, p. 66S.

* Apulée, Métamorph,, liv. Il, 1. 1, p. 73.

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