‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 4)Chapitre 247 sur 277 · COMMODIEN · texte numérisé non relu

COMMODIEN

La partie la plus faible de son apologie est celle qui met en jeu la preuve externe, car au lieu de s'appuyer sur les vrais et glorieux miracles de rEvaugile et sur le témoignage imposant de l'histoire, il a recours à des prodiges apocryphes et aux aveux des pauvres maniaques qui se prenaient pour des possédés. Nous le retrouvons tout entier avec sa véhémente dialectique et sa parole de feu quand il jette aux pieds du Christ les religions et les systèmes philosophiques du passé, mais nous le retrouvons aussi avec son intolérance, ses sarcasmes, son dédain de la haute culture, qui le prive des précieux arguments empruntés à Thisloire de la civilisation, et enfin avec cette passion qui est tout ensemble sa force et sa faiblesse.

B. — Commodien et Gyprien.

Nous rangeons dans l'école de TertuUien Commodien, poëte chrétien qui vivait vers le milieu du troisième siècle, et qui a écrit un Poème apologétique dans un rhythmc bizarre, ne conservant plus de l'ancien hexamètre que le nombre des syllabes * , Quelle que soit

* Commodien -vivait vers le milieu du troisième siècle; c'est ce qni ressort avec évidence de son Carmen apologeticum. Il déclare nettement que le christianisme a plus de deux siècles ;

lu annis ducentis

Fuistis infantes. (Vers 541.)

Il fait clairement allusion au schisme des novatiens : « Populum queni in schisma misistis. » Son horizon historique est tout à fait celni du règne de Tempereur Dèce. Il annonce comme l'un des signes de la venue prochaine de l'Antéchrist le déchaînement d'une septième persécution. Or la terrible persécution qui éclata sous Dèce répond parfaite-

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son origine, qu'il soit né à Gaza ou en Afrique, il a certainement formé son rude esprit dans la patrie de TertuUien, dont il imite la concision énergique et incorrecte, sans lui ravir sa flamme et sa couleur. Le Poëme apologétique semble avoir été un remaniement d'un premier ouvrage, les Instructions contre les nations^ dont il ne reste qu'un texte informe et mutilé. La partie la plus intéressante du Poëme apologétique ^ est celle qui est consacrée au développement des prophéties de l'Apocalypse. Nous n'avons pas à nous en occuper ici. Remarquons seulement le rôle prédominant que joue la terreur dans les notions chrétiennes de Commodien; c'était une mauvaise préparation pour défendre victorieusement la religion nouvelle.

L'auteur débute, dans son poëme, par rappeler ses expériences personnelles. Elevé dans le paganisme, il en est sorti pour embrasser la foi chrétienne, et il

ment à ce chiffre. Nous sommes ainsi reportés à l'an 250. Les Goths sont sur le point de passer le fleuve^ au moment où Commodien écrit :

a Ecce januam puisât et jam cognoscttur ense

Qui cito tragiciet, Gothis irrumpeutibus, arancm. » (Vers 8503.)

Or les Goths ont franchi le Danube pour la première fois en 250. On a supposé sans preuves suffisantes que Commodien était de Gaza. Ce petit poëme connu sous le nom (Vlnstructiones advevsus geniium ^eos, n*a été conservé que dans un manuscrit très fautif conservé î\ ^ 'abbaye de Saint-Aubin, à Angers. D. Pitra a retrouvé le Carmen apo- ^ogeticum, qui est un remaniement des Instructiones, dans un vieux "Manuscrit provenant du monastère de Bobbio.'Le poëme de Commodien ^tait à-la suite de divers traités d'Augustin et de Jérôme. 11 a été pul)lié dans le premier volume du Spicilegitim solemnense. (Voir les l)rolégomènes du Spicileg, solemn,, p. 21 . Voir aussi un très intéressant article de M. E. Schérer sur VApoca/ypse de Commodien, dans la cinquième livraison du volume Vlll de la Revue de théologie et de philosophie chrétienne. Strasbourg, 1854.)

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