‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 4)Chapitre 248 sur 277 · CYPRIEN GOMME APOLOGISTE · texte numérisé non relu

CYPRIEN GOMME APOLOGISTE

presse ses contemporains d'imiter son exemple. S'adressant tour à tour aux juifs et aux païens, il peint avec énergie leur abaissement moral; les juifs se confondent de plus en plus avec les païens par leurs débordements. On reconnaît bien en eux les signes de la réjection annoncée dès longtemps par leurs prophètes * . D'un autre côté , rien n'est plus yain que la vie du siècle, sous tous ses aspects, soit qu'elle soit tumultueuse etr affairée dans le forum, soit qu'elle se polisse dans les écoles littéraires, soit qu'elle se souille de tous les vices dans les liçux publics ^. Gommodien retrace à grands traits l'histoire du monde d'après les Ecritures, pour expliquer ce développement effrayant du mal, et il emprunte aux livres sacrés leurs plus terribles menaces, afin d'épouvanter ses contemporains et de les amener à la religion de l'Evangile, dont le vivant caractère se perd pour lui dans une notion toute dogmatique ^, qui se résume dans la croyance à l'unité de Dieu, à la divinité du Christ et à la résurrection de l'homme. Son poëme se termine par la description des scènes effrayantes du dernier jugement qu'il croit très prochain, et que son imagination exaltée revêt des teintes les plus sombres. On voit que le Poëme apologétique de Commodien est l'un des produits le§ plus médiocres de l'antiquité chrétienne.

Le dernier représentant de la seconde école des apologistes est Cyprien. Homme de gouvernement avant tout, il s'est donné sans réserve, comme on le sait, à

1 Carmen apologeiic, strophes 10-15.

« Id.,^1, 28. »/rf., 5,7, 29.

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radministration de son Eglise dans des temps difficiles. Aussi chez lui Févêque Femporte-t-il de beaucoup sur l'écrivain ; dès qu'il aborde la théologie, il n'est plus qu'un TertuUien affaibli. Nous ne trouvons chez lui ni cette analyse pénétrante de la nature humaine, ni cette dialectique incisive, ni ce mélange de raison et de passion que nous avons admiré dans les écrits de son devancier. Bien qu'il se soit contenté d'une psychologie superficielle, il n'en a pas moins explicitement reconnu l'harmonie essentielle entre l'âme et Jésus-Christ. « Pourquoi, ô homme! dit il, t'abaisses-tu et te proternes-tu devant des faux dieux? Pourquoi eoarbes-tu ton corps comme un esclave devant des simulacres stupides et des statues d'argile? Dieu t'a donné à toi seul une stature droite, tandis que les aaimaux marchent la tête courbée vers la terre; ton port est majestueux, et ton visage est tourné vers Dieu et vers le ciel. Porte et fixe là-haut ton regard, et cher* ches-y ton Dieu. Garde ta grandeur native. Demeure tel que Dieu t*a fait, et pour le connaître, connais-toi toi-même. Crois au Christ, que le Père a envoyé pour nous rendre la vie et nous relever*. »

Cyprien a porté dans l'apologie les habitudes du barreau; il s'appuie volontiers sur les textes, rarement il se livre à une discussion vraiment philosophique. Il cite et il raconte plutôt qu'il n'argumente. Le traité Sur la vanité des idoles fut son coup d'essai; l'auteur

1 « Sablimitatem serva, qua natus es. Persévéra talis, qualis a Deo foetus es. Ut cognoscere Deum possis, te ante cognosce. » (Ad Demetr., XVI.)

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