CONTRASTE ENTKE LA VIE PAÏENNE ET LE CHRISTIANISME
abominable dans laquelle le paganisme avait plongé rhumanité. L'apologiste cite sa propre histoire àFappui de sa thèse. Sa conversion a creusé un profond abîme
entre la première période de son existence et la se-
conde. Le contraste est encore plus saisissant quand on considère Fensemble de l'humanité depuis Tavéncment du christianisme. Supposons que nous sommes placés à une hauteur sufiSsante pour que chaque objet nous apparaisse à sa place et sous son vrai jour. Quel spectacle nous présentera le monde tel que Je paganisme l'a fait? Partout la rapine et la guerre, partout le brigandage et la violence, sur la mer comme sur la terre; l'homicide n'est jugé un crime que quand il se restreint à un seul indi\idu; appliqué à une nation par une nation, il s'appelle courage, et ainsi le forfait n'a eu qu'à grandir indéfiniment pour devenir innocent. « La terre est tout humide du sang des meurtres qu'elle boit sans cesse * . » Cyprien fait passer sous nos yeux, dans une série de tableaux successifs, toutes les hontes et tous les crimes de la société païenne. « Que vois-tu dans les villes, si ce n'est une agitation pire que la solitude^? » Les apprêts d'un combat de gladiateurs nous sont vivement dépeints; l'auteur trouve, après TertuUien, d'énergiques paroles pour flétrir l'assassinat transformé en art, et pratiqué aux applaudissements d'hommes et de femmes qui ne savent pas si le malheureux qu'on égorge sous leurs yeux n'est pas l'enfant qu'ils ont exposé jadis sur la voie publique
* «Madet orbismutuo sanguine. » {Ad Donat,, VI.)
* «Gelebritatera offendcs omni solitudine tristiorem.» (/^., VII{)
478 INFAMIE DE LA SOCIÉTÉ PAiJENNE.
pour s'en débarrasser. Le théâtre (jui s'ouvre non loin des arcues ne vaut pas mieux ; c'est là que soûs le nom sacré des dieux est tenue la pii*e école du tice ; c'est la qu'on se prépare à Tadùltère par la représentation de l'adultère, et qu'un feu impur se glisse par les yeux dans le cœur. « Si du sommet élevé où tu es placé, tu pouvais pénétrer dans l'intérieur des maisons; situ voyais s'ouvrir les portes de leurs secrets réduits, et si tu portais la lumière dans leurs antres mystérieux, tii verrais s'accomplir des actes dont on ne peut être témoin sans se souiller ; tu verrais ce qu'il est déjà coupable de voir*. » On comprend suffisamment à quelles turpitudes Cyprien fait allusion. De quelque côté que se porte le regard, en haut, en bas, il trouve l'infamie. L'iniquité règne dans le sanctuaire de la justice, ce qui est le signe le plus certain de la décomposition sociale. La loi ne semble avoir été écrite que pour être méprisée; les intérêts opposés et les passions furieuses viennent se heurter et mugir dans le forum comme dans un champ de bataille; l'innocence n'a plus d'asile. L'avocat est un traître, et le juge a vendu sa voix^. « Celui qui a pour mission de châtier le crime, le commet lui-même. Partout les forfaits se multiplient; un poison mortel a infecté des esprits corrompus, et le mal revêt mille formes diverses. Celui-ci suppose un testament, celui-là falsifie un acte public pour perdre un ennemi. Ici des enfants légitimes sont
* « Adspicias ab impudicis geri, quod nec possit adspicere frons pudica; videas, quod crimen sit et videre. » (Ad Donat,, IX.) ^ c( Judex sententiam vendit* » {Id., X.)