IL RAVALE LA NATURE HUMAINE
notions une communication directe du Verbe à Tàme, une émanation de cette lumière incréée qui éclaire tout homme venant au monde. L'idée de Dieu, en effet, n'est point le privilège de l'humanité, car d'après Arnobe elle se retrouve également dans la nature insensible et chez les animaux. «Si les animaux muets, dit-il, pouvaient se faire comprendre, s'ils pouvaient parler nos langues; bien plus, si les arbres, si la terre et les pierres, animés soudain d'un souffle vital pouvaient former des sons et articuler des mots, ne les entendrait-on paS; sous l'inspiration de la nature, dans la foi simple et incorruptible qu'elle inocule dans tous les êtres, dire hautement qu'il n'y a qu'un Dieu, roi de l'univers * ?» On ne saurait donc s'y méprendre : l'idée de Dieu dans l'homme n'est qu'une empreinte de la main du Créateur dans l'argile qu'il a pétrie, elle se retrouve aussi bien dans les êtres inférieurs que chez lui. Le livre du cœur humain a reçu les mêmes caractères que le livre de la nature. Si l'homme possède cette notion de Dieu, ce n'est pas qu'il ait en lui le sens du divin; au lieu d'y voir la conscience qui s'affirme , nous devons la considérer uniquement comme une idée venue du dehors, d'en haut, nous en convenons, mais par une voie tout extérieure, sans qu'elle entre dans la constitution morale de Têtre humain ; elle est commune à toutes les créatures. Ne nous laissons donc pas tromper par des expressions isolées qui sont comme le reflet pâli des pensées plus généreuses d'une époque antérieure. La
* « Ua non duce natura et magistra et intelligerent esse Deum et cunctorum dominum solum esse clamarent? » {Adv. génies, I ^3?.)
iU INGOMPBÉHENSIBILITË DE DIEU.
belle iiiYOcation suivaûte, par laquelle Âmobe célèbre le Dieu que tout proclame dans l'univers , ne doit pas davantage nous abuser sur son idée véritable : « O grand Dieu, dit-il, créateur des choses qu'on ne voit point, invisible et incompréhensible toi-même, tu es digne de recevoir sans cesse Thommage de tout ce qui respire et pense , si toutefois une bouche mortelle est digne de prononcer ton nom. H convient que tout ce qui vit se prosterne devant toi et fasse mouler vers toi de continuelles prières. Tu es en effet la cause première, tu as étendu Fespace qui contient toutes choses, tu es la cause des causes^ tu es Fétre infini, incréé, sans commencement comme sans fin, tu es Tunique, celui qui ne s'enferme dans aucune forme corporelle , que rien ne limite, celui qui est au-dessus de toute qualité et de toute quantité, qui ne se tient en repos ni ne se meut, ni ne passe par quelque état quelconque, duquel on ne peut rien dire de mortel et d'exprimable. L'homme qui a compris quelque chose de toi doit se taire * , et s'il a pu dans sa recherche errante saisir comme une ombre de ta majesté, il n'a pas le droit d'en dire une parole. Pardonne, ô roi suprême, à ceux qui persécutent tes serviteurs, et comme cela convient à ta miséricorde aie pitié des malheureux qui repoussent ton nom et ta religion. Il n'est pas étonnant que l'on t'ignore, il serait plus étonnant encore que l'on te connût^. » Cette page méritait d'être citée, non-seulement parce qu'elle est
* « Qui ut intelligaris^ tacendum est. » [Ado. génies, l, 31.)
* « Non est mirum si ignoraris; majoris est admirationls^ si sciaris. » {Id.)
NULLE PARENTÉ ENTRE L'AME ET DffiU. 495
tort belle, mais encore parce que, malgré les apparences, elle rentre entièrement dans le système d'Arnobe. Ce qui frappe en effet dans son invocation, c'est le soin qu'il prend de relever uniquement en Dieu les attributs incommunicables, de creuser profondément Tabime entre Thomme et son Créateur, et de placer la divinité à une telle distance de nous qu'il n'y ait plus aucune communication naturelle entre elle et nous. Remarquons qu'il ne s'agit pas de la séparation entre la créature déchue et le Très-Saint ; non, dans ce passage Arnobe déclare nettement que Dieu est incompréhensible par essence ; ce qui suppose que nous n'avons reçu originairement aucune communication de cette pure essence. Au reste sa pensée sur ce point s'exprime avec une netteté qui ne laisse rien à désirer dans son deuxième livre. C'est là qu'en face de ce Dieu qui semble aussi distant de nous que le Dieu du néoplatonisme, perdu au-dessus de l'être et de la pensée dans le vide de sa morte unité, il nous montre l'homme rampant par nature dans la poussière de la terre comme le dernier des êtres. Son Dieu est trop loin et l'homme, tel qu'il nous le présente, est trop bas. On en jugera par l'analyse que nous allons donner de ce morceau capital de son Apologie. Nous le verrons, dans son aveugle désir d'enlever à l'homme toute grandeur native, tomber dans les plus graves erreurs et soulever par ses réponses des objections bien plus insurmontables que celles qu'on lui a opposées.
Certes l'orgueil est un grand obstacle au relèvement. Nous comprenons que le premier devoir de l'apologiste