LA RÉACTION PAÏENNE S'ATTAQUE MÊME AUX PHILOSOPHES
chanffàt la déyotion da peuple ignorant. La superstition allait ainsi grandissant tous les jours. L'idolâtre de bas étage identifiait le dieu et sa statue et il se prosternait devant le bois et la pierre. Un païen converti du troisième siècle, Arnobe, nous montre par son propre exemple jusqu'où descendait ce honteux fétichisme, qui était le dernier terme de la religion élevée jadis si haut par les Sophocle et les Phidias : <« 0 aveuglement, dit-il, je vénérais des statues à peine sorties de la forge, des dieux façonnés au marteau sur Tenclume, de Fivoire, des peintures. Si je rencontrais une pierre polie ointe d'huile, je l'adorais comme si une vertu divine était en elle, je l'invoquais et je demandais des lûenfaits à un bloc insensible, et je faisais ainsi le plus grave outrage à ces dieux dans lesquels je croyais, en les identifiant au bois, à la pierre, à l'ivoire ou à quelque autre matière *. »
La recrudescence de ce paganisme aussi fanatique que démoralisé, les progrès de cette dévotion ardente et impure dans les masses expliquent parfaitement le caractère populaire que revêtit la persécution contre TEglise. Comment le droit de la conscience eùt-O été reconnu dans un si honteux obscurcissement de la conscience? Comment la religion de la sainteté n'auraitelle pas exaspéré les adorateurs enthousiastes de la nature? L'intolérance du peuple ne s'attaqua pas seulement au christianisme, mais encore à la philoso-
* « Venerabar simulacra ex fornacibus prompta. Si quando conspcxeram lubricatum lapidem adulabar^ affabar. » (Arnobe^ Contra génies, l, 39.)