LA RÉACTION PAÏ£NNE S'IMPOSE AUX PHILOSOPHES
phie. Lucien, en nous retraçant Thistoire très curieuse d'un charlatan religieux de son temps , le faux de^in Alexandre, nous le montre soufflant la haine à la fois contre les épicuriens et les chrétiens * . Il brûla publiquement, aux applaudissements de la foule, les écrits d'Epicure, qu'il accusait d'être subversifs de la religion nationale^. Mais on ne vit pas le disciple d'Epicure consumé avec ses livres; c'est que la philosophie du plaisir ne fait pas de martyrs : il faut croire à la vie étemelle pour mourir au nom d'une idée. Or, ce qui manquait surtout à la philosophie de la décadence, c'était une croyance ferme. Aussi pour se rajeunir et retrouver quelque autorité fut-elle obligée de suivre le courant de la superstition populaire, non par calcul, mais par entraînement. Le néoplatonisme, dont nous avons maintenant à esquisser l'histoire, fut le résultat * de cette étrange combinaison de la spéculation transcendante et de l'aveugle dévotion des foules ^.
* Cet Alexandre avait fondé des mystères, et il déclarait que si quelque» athée, épicurien ou chrétien se présentait, il fallait Texclure : Et xtç àôeoç Y^ /ptcjTtavbç y^ èicty-oùpetoç. [Lncienj Alexander Pseudomantis, c. XXXVIII. Edition Didot, p. 333.)
« Eup(i)V Taç 'Eiuty.oupou xupiaç 8<5?aç, y,o\LiG(xq è; tyjv àyopàv lxé(JY)V IxauŒSV. (Idem, c. XXXVII.)
' M. Michel Nicolas a consacré une étude très intéressante dans le Disciple de Jésus-Christ (n" de janvier et de février 1858), à cette réaction du paganisme ; seulement il lui donne à tort, selon nous, à l'exemple de Benjamin Constant, le nom d'orthodoxie païenne. L'orthodoxie du paganisme gréco-romain est entièrement débordée par les religions orientales. Les anciens symboles ont perdu toute précision; les noms des dieux s'échangent indifféremment. L'humanisme, qui fut l'orthodoxie de la Grèce et de Rome aux grands jours de leur histoire, est entièrement absorbé par le naturalisme.