DANGERS DE LA MÉTHODE D'ARNOBE
dont ils la marquent que par les excuses qu'ils lui ménagent. Cette triste école se condamne elle-même^ puisqu'elle aboutit à compromettre ce qu'elle yeut défendre. En lisant Arnobe, nous avons cru plus d'une fois entendre Gelse , tant il se plaît comme le grand moqueur à avilir la nature humaine. On dirait un avocat qui s'est trompé de dossier et qui, par la plus singulière inadvertance, a pris celui de la partie adverse. Etrange tactique, on en conviendra, et dont le résultat est facile à prévoir ! Malheureusement Arnobe écrivait à la fin de l'âge héroïque de l'Eglise primitive, à la veille de l'établissement de ce christianisme impérial et o£Sciel qui allait favoriser toutes les mauvaises tendances et mettre le glaive au service de la religion nouvelle. L'homme tel que le comprenait Arnobe, dépouillé de sa dignité native, sans l'indépendance qae donne l'inaliénable parenté divine, c'était bien le sujet ou pour mieux dire l'esclave docile que pouvait souhaiter le despotisme religieux et politique qui allait peser sur le monde et sur l'Eglise. Il livrait en quelque sorte une matière inerte et une argile malléable à la double tyrannie dont le règne allait commencer avec l'empire oriental de Constantin et de ses successeurs. La psychologie des Origène et des TertuUien offrait moins de ressource à la tyrannie des âmes, car sous l'influence de cette grande école la conscience se redressait invincible devant toutes les usurpations, au nom du droit de Dieu dont elle se savait dépositaire.
CSONCLUSION. 5S1
§ II. — Conclusion,
Nous avons terminé F histoire de la grande lutte du christianisme contre le paganisme pendant les trois premiers siècles de notre ère. Il nous reste à retracer les luttes intérieures de TEglise dans Télaboration de son dogme et de son organisation. Nous n'ayons rien à ajouter au tableau tracé par nous de sa guerre formi* dable contre les forces religieuses et sociales du vieux monde qu'elle venait remplacer par une création nouvelle. Nous sommes en droit de dire que la victoire a été remportée sur toute la ligne au commencement du quatrième siècle, avant même qu'un empereur soit venu jeter son épée dans la balance. Sans doute le christianisme a encore beaucoup à faire pour conso^ lider cette victoire, pour en recueillir les fruits, pour briser plus d'une résistance opiniâtre et pour conquérir de vastes pays étrangers à la foi; mais son ascendant est assuré, évident, irrésistible sur les champs de bataille où s'est concentré le combat, dans ces grands centres de la civilisation où se jouent les destinées du monde. La persécution de Dioclétien a été le dernier effort de la violence païenne, et le plus acharné des persécuteurs, le chef même du parti païen a dû, avant de mourir, reconnaître la vanité de sa tentative, et briser comme inutile ce glaive de bourreau avec lequel les Césars avaient essayé de défendre la religion du passé. Le mouvement de propagande n'a pu être arrêté un seul jour; il a gagné
les villes et les campagnes, s'élevant comme une marée montante des bas-fonds de la société jusqu'aux sommets, et atteignant à plusieurs reprises les degrés du trône , et cela dans des temps où tons les intérêts inférieurs étaient du côté du paganisme, et tous les périls du côté du christianisme. Dans le domaine intellectuel il n'y a de jeune, de iriTant que la pensée chrétienne; au milieu d'une littérature épuisée, elle produit des œuvres immortelles, retrouve l'éloquence, on plutôt fait jaillir d'un sol desséché une source nonvelle dont le jet puissant étonne des esprits blasés et vieillis, et plie des langues énervées à devenir les instruments des idées les plus sublimes. En vain toutes les diversités s'effacent ou se combinent dans le parti païen pour résister à l'invasion d'une religion décriée qui a eu des publicains et des péagers pour apôtres et un crucifié pour fondateur. En vain la religion nationale, après avoir ama]gamé tous les cultes, cherche à se fusionner avec la philosophie dans cette ville d'Alexandrie, où l'armée en déroute du paganisme essaye de se reformer pour livrer un suprême combat avec toutes ses forces réunies. La déroute n'est suspendue que quelques jours; la religion des masses descend toujours plus bas dans la fange, tandis que les successeurs des Platon et des Aristote deviennent les rivaux des prêtres et des magiciens dans la pratique de la théurgie. Le christianisme a répondu à toutes les attaques; il a plaidé sa cause devant tous les tribunaux, il l'a gagnée devant les proconsuls et les Césars par le martyre, devant la synagogue et les écoles philosophi-
que» par d'admirables écrits tout animés du feu de la conTiction et scellés du sang des confesseurs ; il Ta gagnée enfin deyant le monde par la sainteté de ses adhérents, par la grandeur morale de ses sectateurs et par sa puissance de consolation et de salut. Nous aTons essayé de retracer quelques-unes de ces Ties héroïques et fécondes qui sont à elles seules de vrais miracles dans l'uniTerselle corruption. En Orient comme en Occident, nous avons rencontré un grand et pur idéal dans lequel revivent les traits divins du Christ, n n'est donc pas vrai que le christianisme n*ait vaincu que par la croix dorée de Constantin ; il a vaincu par la croix du Calvaire, il a vaincu malgré les princes, et en leur apprenant qu'un droit nouveau est né dans le monde, devant lequel le droit de la force doit s'incliner; je veux dire le droit de la conscience. L'appui des princes , bien loin d'assurer sa victoire , va la compromettre et la déshonorer. Le monde sera porté à croire qu'il n'aurait pu faire sans eux ce qu'il a fait avec eux; tandis que, laissé à ses propres forces, même sous la persécution , il renversait le paganisme en moins d'un siècle, sans lui emprunter ses armes et ses principes, sans le perpétuer par conséquent, tout en s' imaginant le détruire. Ceux qui pensent que sans Constantin le triomphe était incertain, ignorent l'histoire des trois premiers siècles. Il suffit d'ailleurs de connaître cet étrange chrétien couronné, meurtrier de son fils et de sa femme, pour être assuré que ce qu'on est convenu d'appeler sa conversion c'était uniquement se ranger du côté des plus forts. Il a
été habile politique en embrassant la religion nouYelle, et rien ne saurait mieux prouTor quel ascendant elle avait pris dans Fempire. Il fallait qu'elle fat bien décidément alors le soleil levant, pour qn*an homme comme Constantin s'inclinât devant elle.
Une pensée s'impose à Thistorien de ces premières luttes du christianisme, au moment où il en achève le tableau : c'est celle du sérieux combat où il est aujoard'hui engagé dans ce monde qu'il doit toujours reconquérir de nouveau. Jamais peut-être depuis ses origines il n'a vu se lever des jours plus redoutables. La civilisation qui s'était formée sous ses auspices s'est largement pénétrée d'éléments qui lui sont étrangers et contraires'; de là un conflit constant entre loi et le siècle^ conflit sans violence, parce que la pensée de tolérance qui ^st au fond de TEvangile s'en est de plus en plus dégagée et s'est imposée à ses ennemis ; mais conflit sans grandeur, et par conséquent sans issue prochaine. La vieille idée païenne, le naturalisme des Celse et des Porphyre, saturée également de panthéisme oriental, a repris vie et force, et l'antique Cybèle, l'Isis immortelle semble avoir tourné à son profit jusqu'aux triomphes de l'homme sur la nature, en l'asservissant à ce qu'il croit dompter , en l'enfermant dans un monde où il règne sans se croire obligé de dominer son cœur et ses passions. Les mêmes systèmes auxquels répondirent les premiers apologistes reparaissent avec de nouvelles formules, mais ce qui reparaît surtout, c'est ce matérialisme pratique qui répète le mot do païen mis en scène par Mlnutius Félix : « Que m'im-
CONCLUSION- o25
porte ce qui est au-dessus du monde ?» On a entendu de nouyeau le sarcasme du sceptique qui ne croit à rien, si ce n'est à lui-même et à la gloire qu'il acquiert en promenant sur tout sa méprisante ironie. Aujourd'hui comme aux origines du christianisme ce scepticisme a ses Héraclites et ses Démocrites ; mais qu*il sourie ou qu'il gémisse^ il est toujours le grand dissoiyant. Gomme dernier trait commun entre notre société et la société antique à son déclin, nous remarquons un lâche attachement à ce qui est, à ce qui fut plus tôt, aux formes religieuses dont on se moque tant qu'on est en santé et auxquelles on se réserve de recourir dès qu'on est malade. Non, il n'y a rien de nouveau sous le pâle soleil du dix-neuvième siècle, si ce n'est que les mêmes crises s'aggravent en se renouvelant et que l'opposition au christianisme après dix-huit siècles de bienfaits est plus difiScile à vaincre qu'à ses débuts, et cela d'autant plus que l'ennemi a plus d'un allié dans la place.
Et pourtant cette époque est grande comme celle dont nous avons évoqué l'image; elle aussi est jetée comme un pont hardi et d'un difficile passage entre le passé et l'avenir; elle aussi est sur le seuil d'un monde nouveau, il s'agit de rendre l'humanité au christianisme épuré, délivré des funestes alliances qui l'ont compromis, affranchi tout le premier du principe de servitude que dans sa dégénération il a fait peser sur le monde. Qu'on ne s'y trompe pas, l'humanité, qui le repousse, a plus besoin de lui que jamais ; et malgré les oppositions les plus vives et les plus habiles, il est pos-
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ï ont besoin aujourd'hui non de sa force, mais de sa fait blesse, afin qu'il soit bien démontré que les âmes cè- ! dent au noble attrait de la vérité et non à la contrainte on à la vaine apparence, et que c'est bien lui qui triomphe et non une puissance étrangère hypocritement couverte de son nom sacré.
C'est surtout au point de vue de l'apologie de la religion du Christ que la pleine et absolue liberté de con^science doit être réclamée. Ce serait une folie de souhaiter que ses adversaires pussent de nouveau tenter de l'étouffer dans le sang, comme au temps des martyrs. Mais nous les aimons mieuK cent fois oppresseurs qu'opprimés, parce que, dans le premier cas, ils offensent la conscience , tandis que dans le second ils en représentent le droit sacré, et tous les sentiments généreux sont de leur parti. Les prétendus chrétiens qui ne veulent de la liberté que pour eux, ne savent pas combien leur injustice propage et développe l'incrédulité. Que les hommes de la foi soient donc plus que jamais les hommes de la liberté, décidés à ne plaider la cause de leur religion que devant le tribunal de la conscience universelle.
Des trois méthodes employées par l'apologie primitive, on sait assez laquelle nous préférops. Nous repoussons bien loin de nous celle qui prétend triompher de l'homme abruti, qui se plaît à tout ce qui rabaisse sa nature, et qui, n'admettant pas qu'il soit fait pour discerner et accepter la vérité en connaissance de cause, met tout son espoir dans quelque coup de théâtre pour l'étourdir et le fasciuçr, ou dans quçl-
526 œNCLUSION.
sible de la ramener au pied de la croix, mais c*est à la condition que les défenseurs de la mérité ne compromettront pas sa cause par de mauvais moyens et de fausses méthodes. L'étude de Tantiquité chrétienne peut les préseryer de dangereuses erreurs qui se payent toujours trop cher pour le bien de TEglise et du monde. Et d'abord qu'ils apprennent de ces temps héroïques à repousser tout secours étranger, tout ce qui ressemblerait à une contrainte ou à une pression ; qu'ils se souviennent que toute apologie qui s'étaye d'une autre force que celle qu'elle tire d'elle-même est couverte de honte et frappée d'impuissance. Il faut choisir décidément entre l'oppression et la persuasion , car il n'est pas possible d'unir des méthodes aussi radicalement opposées. Aujourd'hui toute croyance qui aspire à régner par la puissance matérielle abdique en réalité et n'excite plus que le mépris. Voilà pourquoi dans cette crise solennelle de la pensée religieuse, nous souhaitons ardemment que le christianisme soit de plus en plus replacé dans sa condition primitive, qu'il se présente à l'humanité avec la seule vérité pour arme, qu'il repousse partout le glaive au nom de cette grande parole du Maître, que dans la sphère de la religion celui qui prend l'épée périra par l'épée, — non par l'épée d'un autre^mais par la sienne propre; — 'qu'il rejette également la richesse, l'éclat extérieur, toutes ces forces d'emprunt qu'il doit à une dangereuse association et qu'il redise avec son grand apôtre : « C'est quand je suis faible que je suis fort ! Je me glorifierai dans mes faiblesses, i* Se$ défenseurs
ont besoin aujourd'hui non de sa force, mais de sa faiblesse, afin qu'il soit bien démontré que les âmes cèdent au noble attrait de la vérité et non à la contrainte ou à la vaine apparence, et que c'est bien lui qui triomphe et non une puissance étrangère hypocritement couverte de son nom sacré.
C'est surtout au point de vue de l'apologie de la religion du Christ que la pleine et absolue liberté de conscience doit être réclamée. Ce serait une folie de souhaiter que ses adversaires pussent de nouveau tenter de l'étouffer dans le sang, comme au temps des martyrs. Mais nous les aimons mieuK cent fois oppresseurs qu'opprimés, parce que, dans le premier cas, ils offensent la conscience , tandis que dans le second ils en représentent le droit sacré, et tous les sentiments généreux sont de leur parti. Les prétendus chrétiens qui ne veulent de la liberté que pour eux, ne savent pas combien leur injustice propage et développe l'incrédulité. Que les hommes de la foi soient donc plus que jamais les hommes de la liberté, décidés à ne plaider la cause de leur religion que devant le tribunal de la conscience universelle.
Des trois méthodes employées par l'apologie primitive, on sait assez laquelle nous préférons. Nous repoussons bien loin de nous celle qui prétend triompher de l'homme abruti, qui se plaît à tout ce qui rabaisse sa nature, et qui, n'admettant pas qu'il soit fait pour discerner et accepter la vérité en connaissance de cause, met tout son espoir dans quelque coup de théâtre pour l'étourdir et le fasciu$r , ou dans quçl-
y atait en lui plus qu'un homme ^ Quels sont les miracles qui vous ont gagnés à yos philosophes et tous ont portés à croire en eux plutôt qu'en Jésus-Christ? Peut-on citer urfe seule de leurs paroles qui ait été efficace? Les a-t-on vus à leur commandement, je ne dis pas apaiser la furie de la mer ou la colère de la tem^ pête, ou rendre la vue aux aveugles, ou la donner à ceux qui ne l'avaient jamais possédée, ou rappeler les morts à la vie, ou guérir des souffrances invétérées, mais, ce qui est beaucoup plus facile, guérir seulement la moindre petite tumeur, ou la gale, ou arracher une épine adhérente à la main d'un homme? Ce n'est pas que nous leur contestions l'intégrité des mœurs ou le savoir universel : nous connaissons en effet la richesse et l'éloquente abondance de leur langage, nous savons qu'ils enchaînent étroitement les syllogismes et qu'ils ordonnent habilement leurs inductions. Mais que peuvent toutes ces aptitudes? Ni les enthy mêmes, ni les syllogismes, ni toute la logique du monde ne nous garantissent qu'ils connaissent la vérité ou qu'ils soieik^ dignes qu'on leur accorde une entière confiance pour accepter d'eux ce qui est incompréhensible. Ici la palme ne peut être donnée à l'éloquence, mais à l'efficacité des miracles accomplis ^4 ^ Ainsi la démon-
* « A(i nos quidem in illo secuti haéc siimus : opéra illa magrnifica potentissiiuasqae yirtutes^ quas variis edidit exhibuitque miraoulis^ quibus quivis posset ad necessitatem credulitatis adduci^ et judicare fideliter, non esse quaî fièrent hominis, sed diyinae alicujus atque incc^tœ potestatis. » [Adv, génies, 11^ li.]
* « Personaram contenlio non est eloquentiae viribus sed gestorum operum virtute pendenda. » (/cf.)
stration la plus claire ne vaut pas, pour Ârnobe, la guérison d'une tumeur. On ne peut pousser plus loin le fanatisme de la preuve externe et le mépris de la pensée* Il s'attache avec une sorte de passion à cette preuve unique, et il la développe sans se lasser. Le tableau qu'il nous donne des miracles du Sauveur est plein de mauvais goùt^ les couleurs en sont très chargées, la description des maladies guéries par le Maître divin est d'un réalisme si cru qu'il provoque le dégoût. 11 est facile de se représenter le parti qu'un rhéteur d'Afrique comme Arnobe peut tirer de la lèpre et des ulcères. « Il s'est trouvé un homme parmi nous, dit-il, qui guérissait, par une seule prière ^ des milliers de malades ; sa voix seule apaisait les flots courroucés des mers, et les tourbillons de la tempête lui obéissaient. U s'est trouvé un homme parmi nous qui marchait sur les gouffres profonds sans que son pied fût mouillé, qui foulait la cime des vagues étonnées ; la nature était sa docile suivante ^ » La multiplication des pains, la guérison des démoniaques, la résurrection des morts sont décrits dans ce style ampoulé qui colore d'une teinte légendaire les récits évangéliques si beaux dans leur simplicité. Gè qu' Arnobe admire surtout dans ces mi'^ racles, c'est la manifestation d'un pouvoir supérieur 6 l'ordre naturel, qui se joue des lois de là matière et la domine à son gré, rompt le réseau des nécessités inférieures et mÊinifeste sa divine souveraineté^. Ar- UDbe cherche à mettre hors de contestation la réalité
* Adv. gentéSf ï, 45 j * /tf .^ I, 47.
j atait en lui plus qu'un homme ^ Quels sont les miracles qui vous ont gagnés à vos philosophes et vous ont portés à croire en eux plutôt qu'en Jésus-Christ? Peut-on citer un*e seule de leurs paroles qui ait été eflBcace? Les a*t-on vus à leur commandement, je ne dis pas apaiser la furie de la mer ou la colère de la tem-» pète, ou rendre la vue aux aveugles, ou la donner à ceux qui ne l'avaient jamais possédée, ou rappeler les morts à la vie, ou guérir des souffrances invétérées , mais, ce qui est beaucoup plus facile, guérir seulement la moindre petite tumeur, ou la gale, ou arracher une épine adhérente à la main d'un homme? Ce n'est
pas que nous leur contestions l'intégrité des mœurs ou le savoir universel : nous connaissons en effet la richesse et l'éloquente abondance de leur langage, nous savons qu'ils enchaînent étroitement les syllogismes et qu'ils ordonnent habilement leurs inductions. Mais que peuvent toutes ces aptitudes? Ni les enthy mêmes, ni les syllogismes, ni toute la logique du monde ne nous garantissent qu'ils connaissent la vérité ou qu'ils soient dignes qu'on leur accorde une entière confiance pour accepter d'eux ce qui est incompréhensible. Ici la palme ne peut être donnée à l'éloquence, mais à l'efficacité des miracles accomplis ^* » Ainsi la démon-
1 « Aô nos quidem in illo secuti haèc siimus : opéra illa mag:nifica pôtentissimasqae virtutes, quas variis edidit exhibuitque miraculis, quibus quivis posset ad necessitatem credulitatis adduci, et judicare fideliter, non esse quse fièrent hominis, sed divinae alicujus atque incognitae potestatis. » {Adv, gentes, 11^ 11.)
' « Personaram contentio non est eloquentiae viribus sed gestorum operum vittute pendenda. » (/rf.)
stration la plus claire ne vaut pas, pour Arnobe, la guérison d*une tumeur. On ne peut pousser plus loin le fanatisme de la preuve externe et le mépris de la pensée. Il s*attache avec une sorte de passion à cette preuve unique, et il la développe sans se lasser. Le tableau qu'il nous donne des miracles du Sauveur est plein de mauvais goùt^ les couleurs en sont très chargées, la description des maladies guéries par le Maître divin est d'un réalisme si cru qu'il provoque le dégoût. Ll est facile de se représenter le parti qu'un rhéteur d'Afrique comme Arnobe peut tirer de la lèpre et des olcères. « Il s'est trouvé un homme parmi nous, dit-il, qui guérissait, par une seule prière ^ des milliers de malades ; sa voix seule apaisait les flots courroucés des ntiers, et les tourbillons de la tempête lui obéissaient. li s'est trouvé un homme parmi nous qui marchait sur les gouffres profonds sans que son pied fût mouiUé, qui foulait la cime des vagues étonnées ; la nature était sa doeile suivante ^ » La multiplication des pains, la guérison des démoniaques, la résurrection des morts sont décrits dans ce style ampoulé qui colore d'une teinte légendaire les récits évatigéliques si beaux dans leur simplicité. Gè qu Arnobe admire surtout dans ces mi-^ raeles^ c'est la manifestation d'un pouvoir supérieur à Tordre naturel^ qui se joue des lois de la matière et la domine à son gré, rompt le réseau des nécessités iiifériëures et manifeste sa divine souveraineté*. Arnobe cherche à mettre hors de contestation la réalité
* Adv. genteSi I, 45^ * /rf.i I, 47.
TABLE DES MATIERES
SECONDE SERIE
LÀ GRANDE LUTTE DU CHRISTIANISME CONTRE LE PAGANISME. LES MARTYRS ET LES APOLOGISTES.