LA RÉACTION PAÏENNE DANS LA PHILOSOPHIE
S n. — La réaction païenne dans la philosophie. — Le
néoplatonisme * .
La réaction païenne reyétit une forme sayante dans les classes lettrées de la société ; elle donna naissance à une grande école de philosophie qui essaya par un sapréme effort d'arrêter Télan déjà irrésistible de la religion nouvelle. Cette école hardiment éclectique éfeya un drapeau qui pouvait rallier toutes les tendances du passé ; sans jamais se rapprocher au fond da christianisme, elle tint compte des besoins nou- Teanx qu'il avait développés, et elle lui emprunta une certaine teinte mystique qui, tout en recouvrant des idées absolument contraires, servait à tromper plus d'un esprit superficiel. Imiter avec art ce qu'il repoussait et maudissait, ce fut l'originalité du néoplatonisme. Lui aussi prétendit satisfaire le cœur et l'esprit, consoler en même temps qu'éclairer et donner avec le système qui explique Dieu et le monde, la règle morale et la force intérieure nécessaires à la vie. Il fut une religion autant qu'une philosophie, et son succès tint en grande partie à cette tentative de concilier la pensée philosophique et les besoins religieux. L'andenne Grèce et le mystérieux Orient furent également
* Voir, pour l'étude du néoplatonisme, 1° pour les textes principaux, Prdler, Hisloria philosophiœ grœco-romanœ, p. 496-554; 2» les Enniades, de Plotin, traduites et annotées par Bouillet. 3 vol. Paris, 1857-61. 1^ Ritter, Histoire de la Philosophie ancienne, traduction Tissot, t. IV; 4* Jules Simon, Histoire de r Ecole d^ Alexandrie. Paris, 1845; 5* Vacberot. Histoire critique de l'Ecole (fAlexandrie*
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mis à contribution par le néoplatonisme, et cette fusion si souvent essayée à Alexandrie parut au moment de réussir, mais pour échouer avec plus d'éclat, car rien n'est dangereux pour les principes erronés comme leur pleine réalisation; la logique interne qui les développe les tue par ce développement même. Mais avant de mourir l'idée païenne jeta encore une vive clarté; semblable aux rois de l'extrême Orient, elle se fit un bûcher triomphal avec toutes les richesses de l'ancien monde qui périssait avec elle. Sa dernière expressioD fut aussi la plus complète et la plus large. Le néoplatonisme, c'est le paganisme antique qui livre son dernier combat avec toutes ses ressources. Qu'on ne s'y trompe pas; ce n'est pas lui qui dirige en réalité le parti païen. Il obéit à la même impulsion qui précipite le peuple au
pied des autels d'Isis ou de Cybèle. S'il parvient pendant un temps à s'élever au-dessus du courant, il n'en est pas moins entraîné par lui, et après s'être maintenu quelques années sur les hauteurs d'une philosophie transcendante et spiritualiste en apparence, il se laisse bientôt tout à fait entraîner et submerger; il se confond en définitive avec la superstition la plus abjecte; la seule différence entre un philosophe néoplatonicien comme Jamblique et le prêtre de la grande Déesse, c'est que le premier porte un manteau au lieu d'une robe traînante, mais il n'en a pas moins justifié d'avance toutes les jongleries du prêtre en adoptant et justifiant la théurgie. C'est cette dernière évolution de la pensée païenne qu'il s'agit maintenant de retracer, sans oublier que nous écrivons une histoire