LA REACTION PAÏENNE PART DU PEUPLE
rieusement avec un fanatisme devenu redoutable ; elles furent du reste plus ou moins entraînées elles-mêmes par le fougueux torrent. La haine sauvage des classes populaires contre les chrétiens donne la mesure de ce fanatisme. Comment les hommes qui n'avaient pas une croyance ferme à défendre, mais seulement un doute élégant à sauvegarder, auraient-ils songé un instant à le braver au péril de leur vie? Tandis que les multitudes poussaient sans cesse ce cri meurtrier : Le chrétien aux lions! elles n'accordaient que bien rarement à un philosophe de la décadence l'honneur de réclamer sa mort. Il y a plus; le doute philosophique n'était pas de force à résister aux passions religieuses des masses ignorantes. Après s'être formulé d'abord avec une hardiesse cynique, il renonça bientôt à lutter contre le courant; il fut emporté lui-même par les flots déchaînés; en définitive, l'école donna raison à la place publique et se borna à chercher des formules savantes pour exprimer les croyances populaires; c'est ainsi que la plus fière aristocratie intellectuelle qu'on ait connue se vit forcée de consacrer le triomphe du profane vulgaire auquel elle n'avait cessé de témoigner son mépris et de châtier elle-même son orgueil. Ce n'est pas dans le musée ou le Serapeum d'Alexandrie qu'il faut chercher les chefs et les inspirateurs de la réaction païenne : c'est dans les temples, dans les rues et dans les faubourgs des grandes cités. Nous devons donc nous occuper tout d'abord des basfonds de la société païenne.
L'humanisme poétique de la Grèce avait été essen-