TRANSFORMATION GRADUELLE DE L'HUMANISME
tiellement une religion d'artistes et d'esprits fins et cultivés. Il ne faut pas s'imaginer que, même à ses plus beaux jours, il ait été populaire sous sa forme la plus épurée. Au temps des Sophocle et des Phidias il n'était sérieusement adopté que par une élite peu nombreuse. La masse adorait, sous des noms identiques, des divinités très différentes et ne s'élevait pas audessus du sensualisme grossier des cultes primitifs. Les comédies d'Aristophane, qui mettent constamment en scène de simples campagnards ou la plèbe d'Athènes, le prouveraient à elles seules. Le rude génie romain avait hâté la décadence de la religion qu'il avait embrassée; il avait bien plutôt adopté le paganisme des campagnes de l'Attique que celui que les grands tragiques grecs avaient pénétré d'un souffle moral. Le paganisme occidental était rapidement revenu en arrière, ramené par l'instinct des masses à ce naturalisme primitif qu'il avait emporté des plateaux de la haute Asie. Seulement, tandis qu'un siècle auparavant une incrédulité moqueuse s'associait à un matérialisme abject, un fanatisme exalté divinisait de plus en plus la nature et lui rendait un culte qui avait ses mystères et ses miracles. C'était à elle que l'on demandait la satisfaction des besoins infinis que le christianisme avait contribué à développer chez ceux-là même qui rejetaient ses croyances.
La renaissance du naturalisme avait eu pour première conséquence de raviver toutes les anciennes superstitions sur lesquelles il pouvait s'appuyer et qui, lu commencement de l'ère chrétienne, tombaient peu