‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 4)Chapitre 36 sur 277 · DOOTE MÊLÉ DE SUPERSTITION · texte numérisé non relu

DOOTE MÊLÉ DE SUPERSTITION

Tenue, pourvu qu'elle soit vénérée depuis longtemps. Qu'on ne s'y trompe pasi cette génuflexion n'est pas un acte de pure hypocrisie accompli uniquement pour tromper les spectateurs. Non, c'est un acte sincère. L'àme n'a la force ni de douter ni de croire complètement; elle ne s'arrête ni dans la négation, ni dans la foi; elle flotte de l'une à l'autre, ou plutôt elle les combine et les associe. Au fond elle ne croit pas à l'existence d'une vérité religieuse, et cependant elle ne conclut pas à un athéisme franc et décidé. Elle substitue la probabilité à la certitude, ce qui l'amène bientôt à substituer l'antiquité à la vérité, car une fois les raisons intimes de croire supprimées, rien ne paraît plus probable que ce qui est antique. La tradition est la béquille des croyances caduques qui ne se supportent plus elles-mêmes. Aussi verrons-nous Caecilius, après avoir formulé un scepticisme absolu, se rejeter les yeux fermés dans les bras de la religion de ses pères. Si une telle situation est pleine de contradictions, c'est au point de vue des idées, mais non à celui des sentiments ; car la faiblesse morale qui empêche les convictions solides se concilie parfaitement avec le lâche abandon aux^ opinions reçues. Caecilius obéit à une inspira* tion identique, soit qu'il formule un doute universel, soit qu'il exprime une adhésion sans réserve aux dieux de sa patrie. Les vigoureuses aflSrmations du christianisme lui répugnent tout autant que ses hardies négations. Cette âme malade, mais aimant son mal et surtout son repos, répugne au viril effort qui est nécessaire pour saisir une vérité nouvelle ou pour repousser

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one erreur ancienne. « Quelle distance, dit Gœcilius, entre la faiblesse humaine et la recherche des choses divines M Nous ne pouvons connaître ni ce qui est suspendu au-dessus de nous dans les cieux, ni ce qui est plongé dans les abîmes souterrains. La recherche en est ialerdite et il serait impie de le vouloir sonder. De deux ehoses Tune : ou la vérité toujours incertaine nous est cachée et voilée, ou, ce qui est plus croyable, la fortune affiranchie de toute loi gouverne au gré de ses caprices changeants ^. » Ce scepticisme commode n'inspire même pas à Caecilius la tolérance; le païen blasé «'irrite de ce que Ton prétend à côté de lui résoudre ces grandes questions qui Timportunent, et il s'indigne surtout de ce que certains hommes sans culture, étrangers aux lettres, voués à de vils métiers, osent parler avec une entière certitude du premier principe de toutes choses, sans s*arréter devant sa majesté, tandis que, depuis tant de siècles et après avoir traversé tint de sectes diverses, la philosophie est encore incertaine à son sujet'.

On croirait qa*en partant dMdées semblables Caecilius sera conduit logiquement à envelopper le pagansme dans le même anathème que le christianisme, Buiis il obéit à une dialectique d'un genre particulier

< c Gam tantam abat ab exploratione divina bamana mediocritas, » fMmat. Félix, Octav., c. V.)

* « Adeo aut ineerla nobis veritas occaltatar et premitar ; aot, qood magis credeDdain etl, Tariis et lobrids casibas^ solota legibns^ fortona ëommatar. » {idJ)

t « loâignandom aodere qoosdam et hoc stodiorum nidex^ litteranon profaoos^ eertMon aliquid de samma renun et majestate decerlore.» (M.)

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